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Anaïs Dautais-Warmel, l’alchimiste de l’upcycling

Anaïs Dautais-Warmel souriante dans son magasin

« Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme. » Cette devise des (al)chimistes pourrait aussi être celle d’Anaïs Dautais-Warmel, créatrice des Récupérables, qui parvient à force d’engagement, d’énergie et surtout d’imagination à proposer une mode à la fois upcyclée, éthique et 100% frenchie. Rencontre pétillante dans sa boutique au cœur de Paris.

Quel a été ton parcours avant de fonder Les Récupérables en 2015 ?

Toute petite, ma grand-mère m’a appris à la fois la couture et l’upcycling en me montrant comment tailler une robe dans le pantalon de mariage de son mari ! 

A cette culture de l’« économie des restes » directement issue de l’après-guerre des années 50 s’est ajouté un voyage au Brésil pour terminer mes études, où j’ai découvert que d’autres pays étaient bien plus avancés que nous dans le réemploi, l’upcycling, le recyclage… La raréfaction des ressources et des richesses incite le peuple brésilien à relever des défis dont on n’a qu’une vague idée ici.

Et enfin à mon retour j’ai complété mon apprentissage de stylisme, de friperie, mais aussi d’engagement social dans le Marais, notamment à la ressourcerie de la Toute Petite Rockette. J’ai commencé à y découdre les vêtements, et j’y ai appris les textiles, les techniques, le modélisme, et surtout, mon préféré, le stylisme.

Anaïs Dautais-Warmel dans sa boutique Les Récupérables

Quels sont les principes fondateurs des Récupérables ?

Un alignement des planètes entre la subversivité, le style et le social.

Les Récupérables crée des vêtements à partir de tissus de rideaux, mais pas que… Quelles sont vos autres sources d’upcycling ?

Nous travaillons depuis 2 ans avec TDV, le dernier producteur de textiles techniques à destination de vêtements de travail. Nous rachetons leurs productions de matières qui ne sont pas conformes au cahier des charges (couleur qui ne correspond pas, petites vrilles dans le tissu par exemple). Mais celles-ci sont extrêmement exigeantes dès le départ puisqu’ils travaillent sous le label Max Havelaar le coton bio, le coton et le polyester recyclés.

Accessoires proposés par les récupérables

Plus récemment nous avons commencé à collaborer avec Deveaux, le 3e leader européen du textile, dont nous rachetons les fonds de rouleaux. Ils ont le mérite d’avoir une usine avec sa propre station d’épuration ! 

Nous avons également racheté les fins de collection de Caroll (qui se fournit chez Deveaux) et les doublures de la lingerie Chantelle ! Nos sources sont donc multiples. Seul problème : on achète donc on doit gérer un budget d’achats et des stocks de matières le temps de produire la collection adéquate…

Tu défends également une mode solidaire en employant des ateliers engagés à Paris et Marseille. Comment as-tu mis en place ces collaborations ?

A Marseille, nous travaillons avec l’atelier 13 Le Chiffre, qui coupait au départ nos tissus de rideaux et qui fait maintenant plus pour nous ! Il fait partie d’une association avec un programme de réinsertion.

A Paris, nous avons fait appel à des ateliers plus « classiques », dont la manufacture Coco et Rico (https://www.cocoetrico.com) pour ses process innovants, et à l’atelier de la Goutte d’Or, une coopérative avec plusieurs ateliers. 

Chacun a ses points forts selon nos collections, mais tous ont en commun l’excellence du travail en France et l’engagement auprès de leur salariés, ce sont ces deux volets que nous souhaitons soutenir avant tout.

Tu prônes la transparence des process de production. Comment est-ce que Les Récupérables « font leur part » ? Est-il selon toi possible de produire aujourd’hui de la mode de façon responsable tout en assurant de gros volumes ?

Notre secret : faire un même modèle avec plusieurs références tissu. Cela permet à la fois de faire de l’upcycling tout en produisant un volume important avec une diversité de matières et de styles ! Côté clientes, ça évite également d’être habillée exactement comme sa voisine de soirée ☺ 

Notre prochain défi pour la collection qui sera produite début 2021 : tisser dans la même largeur et avec la même lèse pour un seul et même vêtement, pour produire plus tout en étant moins chers. Cela permettra de simplifier la production et l’explication, mais aussi et surtout de réduire les coûts 

Portant de vêtements de la boutique les récupérables

La gamme de prix est large :de 95€ pour un kimbo à 350€ pour un manteau. Comment établis-tu ces « justes prix » ?

Ils sont établis au plus juste par rapport au process de production, de l’achat matière à la coupe et à la confection. L’éventail de prix est très large à chaque poste : pour la coupe, par exemple, cela peut aller de 20 centimes à 4€ pour le même métrage ! Comme nous avions l’habitude d’acheter un peu partout, c’était difficile à détailler pour chaque matière puis pour chaque produit…

Pour le moment nous sommes les plus transparents possibles sur les process de production, dont nous parlons beaucoup sur Instagram et sur notre site Internet. J’espère arriver bientôt à faire pareil avec les coûts, même si c’est plus complexe à détailler.

Parle-nous de votre produit star, le « kimbo »

Le kimbo, c’est le syncrétisme entre mes origines espagnoles et japonaises. C’est un kimono réinterprété à l’aune de mes racines espagnoles, dans l’idée du boléro.  Et il s’avère que c’est un petit miracle pour la silhouette ! C’est un combo gagnant qui te rééquilibre à 1/3 de buste et 2/3 de jambes, moi qui ne suis pas très grande je note tout de suite l’effet waouh, surtout avec des robes ! Et enfin le kimbo a ses petits détails séduisants, comme sa coupe japonisante et son col à la Yves Saint Laurent, qui le rendent à la fois unique et portable tout le temps.

Photo de près du col et de l'étiquette d'un kimbo les récupérables

Comment Les Récupérables se sont adaptés aux deux confinements cette année ?

Pour le premier, nous sommes parties chercher la production à Marseille le 12 mars…Et nous y sommes restées ! L’atelier avait arrêté son activité pour produire des masques, nous avons soutenu l’effort de guerre… Tout en guettant la reprise de la production pour arriver à recevoir notre prochaine collection à temps ! Nous en avons également profité pour optimiser la partie digitale.

Le deuxième confinement a été plus mobile, puisque le service personnalisé sur les commandes allié au click & collect nous ont permis de conserver une activité. Entre les deux confinements, dont en fait on s’est bien sortis, c’est la réouverture de la boutique qui a fait la vraie différence humaine, qu’on apprécie énormément.

Vous avez lancé l’Homme ; quels sont les projets à suivre ?

L’Homme Récupérable est l’un des beaux projets de ce début d’année 2021, avec un pantalon de style chino à poches déportées taillé dans un tissu TDV et qui propose des couleurs quotidiennes sans être ennuyeuses, complété par notre interprétation responsable et éthique du classique bombers noir.

Et en mars nous lancerons LE jean, avec 2 coupes, une type 501 et une flare, et 3 couleurs, gris, noir, bleu, grâce au rachat d’un stock de denim fabriqué en France.

As-tu d’autres passions en dehors de la mode, et si oui lesquelles ?

L’engagement social et sociétal : j’étais encore dans une manif il n’y a pas longtemps, où je suis restée la dernière à parler aux flics alors que tous mes copains étaient partis ! 

Sinon, je danse beaucoup, partout, chez moi en rentrant du boulot, dehors, seule ou non, peut-être des restes de mes 2 ans d’école de théâtre… On aime se produire sur le dancefloor avec mon mec partout où on va, on se fait des chorégraphies sympa ! 

Plus classiquement et quand j’en ai le temps, lire, dessiner, me balader en forêt.

Anaïs Dautais-Warmel ris dans sa boutique les récupérables

Pour en savoir plus sur Anaïs : Instagram @anais_dautais_warmel. Et sur Les Récupérables : https://lesrecuperables.com , Instagram @lesrecuperables

Photos de @Solenne Jakovsky pour Le Prescripteur

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