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Bettina Rheims expose des femmes incarcérées

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Le château de Cadillac, ancienne prison pour femmes à trente kilomètres de Bordeaux, accueille l’exposition de Bettina Rheims du 1er juin au 4 novembre 2018 : une soixantaine de portraits de détenues, issus d’un travail commencé en 2014. Les éditions Gallimard viennent de publier le livre éponyme sur cette rencontre entre l’une des photographes majeures de notre époque et des femmes privées de liberté. Epoustouflant.

Elle a photographié les plus grandes stars telle Madonna, les reines du catwalk comme Claudia Schiffer et des actrices sublimes (Catherine Deneuve, Carole Bouquet…), signé le portrait officiel d’un président de la République (Jacques Chirac), pourtant les femmes de la rue et les inconnues l’intéressent tout autant. Depuis le début de sa carrière, de sa série sur les stripteaseuses de Pigalle (1980) au cycle sur la vie de Jésus dans « I.N.R.I. » (1998), des portraits d’animaux empaillés dans la série « Animal » (1982) à son travail sur le genre dans « Gender Studies » (2011), Bettina Rheims bouscule l’iconographie et les thèmes traditionnels.

Je voulais leur offrir un regard dont elles sont privées, explique Bettina Rheims, car elles souffrent beaucoup de l’absence du regard.

Soutenu par l’administration pénitentiaire et encouragé par l’ancien Garde des Sceaux Robert Badinter, ce projet réalisé durant l’hiver 2014 vise à redonner à ces femmes incarcérées l’estime de soi qu’elles ont perdue. « Je voulais leur offrir un regard dont elles sont privées, explique Bettina Rheims, car elles souffrent beaucoup de l’absence du regard. ».

Les prises de vue ont eu lieu dans quatre établissements français : la prison pour femmes de Rennes, et celles de  Lyon-Corbas, Poitiers-Vivonne et Roanne, où seule un petit bâtiment, à l’écart, appelé « le quartier réservé », est prévu pour les femmes. Ne représentant que 4 % des détenus, la place qui leur est allouée est en effet assez réduite au sein de l’administration pénitentiaire.

Ne représentant que 4 % des détenus, la place qui leur est allouée est en effet assez réduite au sein de l’administration pénitentiaire.

Pas du reportage

Aller voir des femmes n’ayant pas fait le choix de vivre entre quatre murs s’est imposé progressivement à l’artiste. « Après tout, j’ai passé ma vie à enfermer des femmes dans des chambres d’hôtel ! ».

Photographiées sur un simple tabouret, sans décor particulier, ces détenues – dont on ne sait rien sur leur parcours, ni sur leur peine – ont pu s’engager avec la photographe dans une démarche de reconstruction de leur identité féminine et amorcer un travail de restauration de leur image. « Au départ, elles avaient du mal à comprendre pourquoi j’étais là et que j’étais là pour elles », raconte la photographe pour qui l’univers carcéral était jusque-là totalement étranger. « Ce n’est pas du reportage, il n’y a pas d’information. Je voulais que la détention se lise dans leurs yeux. Nous avons beaucoup parlé. Elles se sont racontées, et j’ai tenté de leur offrir un moment hors de ce temps-là. » Leur ouvrir une fenêtre pour respirer, à défaut d’une porte. 

Détenues, texte de Nadeije Laneyrie-Dagen, photographies de Bettina Rheims, Collection Blanche, Gallimard, 180 p., 39 euros.

Nathalie S.

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