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Derrière les platines avec The Mekanism

Pour celles qui ont envie de changer de David Guetta ( !), on vous présente Damien Roussel, aka the Mekanism, un DJ et producteur français qui connaît un beau succès à l’étranger. Avant de repartir (enfin ! ) en tournée, il a pris le temps de nous dévoiler la face B d’un monde assez peu connu, celui des DJs, avec l’humour et la franchise qui sont autant sa marque de fabrique que ses sons sexy et ensoleillés.

Fait rare pour un DJ français, tu tournes beaucoup, voire plus à l’étranger qu’en France. Comment expliques-tu cela ?

Je crois que ça tient au fait que mon style est beaucoup plus joué en Angleterre ou à Ibiza qu’en France. Il y a aussi une question purement marketing d’agence de booking à laquelle tu es rattaché et qui t’offre ou non certaines possibilités.

Lorsque j’étais chez Miala (une grosse agence de promotion de DJs et d’évènements ndlr) j’ai pu jouer en France dans des petits clubs où les jeunes étaient sensibles à ma musique. A l’étranger, en Russie, à Londres, en Allemagne ce public jeune se retrouve dans les gros clubs. C’est impressionnant de voir la salle chanter les paroles de ta chanson quand tu coupes le son, ça veut dire qu’ils sont venus pour toi, ça fait extrêmement plaisir !

Encore une rareté pour un frenchie, tu as été tête d’affiche à Ibiza. Quels souvenirs gardes-tu de cette île dédiée aux clubs et à la musique ?

J’ai joué 3 saisons à la soirée Ants de l’Ushuaïa entre 2014 et 2018 (plus gros club de l’île dans l’hôtel du même nom ndlr) et j’en garde de très bons souvenirs, notamment avec la DJ Maya Jen Coles. Sauf que la soirée est devenue tellement courue qu’on a fini par se faire sortir tous les deux pour de plus grosses têtes d’affiche ! J’ai aussi joué deux fois au Space avec Carl Cox, une légende pour n’importe quel DJ, et le moins qu’on puisse dire c’est que mon set était …space !  Entre les post-its que j’avais collés sur ma table avec le nom des morceaux, Mix Mag qui me filmait en live et le public déchaîné en bas…Un très beau moment, mais dans une autre dimension !

Il y a eu trop d’argent, trop d’excès, les cartes vont être rebattues, même si on ne sait pas encore vraiment comment tout ça va se redistribuer, la scène va devoir se réinventer.

The Mekanism

Et de l’île en elle-même ?

Ibiza est une île incroyable, tant pour la musique et la fête que pour le reste ! Après des années à venir uniquement pour mixer j’ai pris le temps d’explorer le Nord de l’île, qui m’a autant plu que le Sud festif, c’est magnifiquement calme, les petites criques,  l’eau turquoise…

Je n’attends que ça d’y retourner même si je pense que tout va changer : il y a eu trop d’argent, trop d’excès, les cartes vont être rebattues, même si on ne sait pas encore vraiment comment tout ça va se redistribuer, la scène va devoir se réinventer.

Comment est née ta passion pour la musique électro ?

Mon père avait lancé Club Internet et le site de la radio Skyrock. Il a eu la mauvaise idée de me présenter Cut Killer (DJ très connu des années 1990 aux influences hip-hop ndlr) à une soirée alors que je n’avais que 14 ans. J’ai vu ce mec avec ses vinyles, et j’ai annoncé à mon père que je voulais faire ça toute ma vie !  J’ai foncé m’acheter du matériel et dévaliser les bacs de vinyles de la Fnac et de Virgin. J’ai tout installé dans ma cave, il y avait même des lumières tournantes et une machine à fumée ! Mes potes venaient, je passais des disques, on fumait des clopes, et à 22h30 tout le monde allait au lit ! Ca ne m’a pas empêché de commencer rapidement à mixer dehors, puisqu’à 17 ans je jouais dans les clubs parisiens comme le Berkeley, l’Etoile… A l’époque la scène parisienne était en feu, il y avait des stars comme DJ Snake au Sens par exemple, c’était super de démarrer dans cet environnement !

A ce moment-là j’avais aussi gagné un concours organisé par les Planches de Deauville. Le prix était de mixer en première partie de Bob Sinclar la semaine d’après… Sauf que je n’étais pas sur place ! On m’a donc payé mon billet de train depuis La Baule pour venir retrouver une star et passer des vinyles, le rêve quand on a 15 ans! C’était mon premier voyage en tant que DJ, il y en a eu beaucoup d’autres depuis mais celui-là m’a marqué !

Damien Roussel – aka The Mekanism | Photo de Solenne Jakovsky pour Le Prescripteur

As-tu suivi une formation particulière pour devenir DJ ?

J’ai appris seul à mixer car quand j’avais 14 ans il n’y avait pas d’écoles de DJ ! Et lorsque j’ai voulu faire une école de création sonore je me suis littéralement trompé de porte et je me suis retrouvé dans le bâtiment d’à côté… Chez les perchistes de cinéma, où je suis resté 1 an en me demandant quand est-ce qu’on allait passer aux choses sérieuses ! Ensuite il y a eu le booking chez Miala et les gros clubs, donc je n’ai finalement pas fait d’école à part la scène, mais c’est sûrement la meilleure !

Je n’ai pas vraiment de style tant que ça reste fun et festif, avec de bonnes vibes !

The Mekanism

Quelles sont tes influences ?

Je n’ai pas vraiment de style tant que ça reste fun et festif, avec de bonnes vibes ! Ensuite j’ai commencé au moment de l’explosion des Daft Punk à la fin des années 90, donc forcément la French Touch m’a influencé, tout comme la classic house de Chicago de la fin des années 1980 et l’Amor Disco. J’ai aussi beaucoup écouté de hip-hop à mes débuts, je m’amusais à inverser les instrus, sur du Akhenaton par exemple.

Sur notre playlist figurent 2 de tes premiers titres qui n’ont pas pris une ride, « Can’t Believe » et « Missing Love », comment sont-ils nés ?

Ces deux titres ont été produits en duo, à l’époque on était 2 sur le projet The Mekanism, avec Raphaël, qui avait un côté beaucoup plus business que moi, il savait contacter les bons promoteurs, les gros labels… Cela me permettait de me concentrer uniquement sur la création, dans mon petit appart à Montmartre, moi dans ma chambre, mon ex-copine dans le salon… Une belle période de ma vie, avec notamment « Missing Love » qui en est sorti.

Tu n’es plus booké à une soirée ou un évènement pour la qualité du son que tu fais mais pour les sponsors que tu peux apporter ou le nombre de tables que tu peux remplir… Ou pire sur le nombre de followers Instagram que tu as ! Je ne vais pas citer de noms, mais ça a tué le game…

The Mekanism

Tu dis qu’aujourd’hui « mixer ne veut plus rien dire » ? Explique-nous pourquoi

Ca fait un moment que j’ai dit ça (en 2016 ndlr), mais c’est encore plus vrai aujourd’hui ! Il y a deux aspects là-dedans. D’abord les « nouveaux » DJs ne savent plus se servir de leurs oreilles. Tu leur enlèves le « sync » sur l’ordinateur (qui permet de synchroniser les morceaux automatiquement ndlr) et donc la vue, il n’y a plus personne ! Pour moi les 2 bases de ce métier sont l’oreille et le support vinyle, donc s’il n’y a plus ni l’un ni l’autre c’est inquiétant…

Il y a également l’aspect marketing : tu n’es plus booké à une soirée ou un évènement pour la qualité du son que tu fais mais pour les sponsors que tu peux apporter ou le nombre de tables que tu peux remplir… Ou pire sur le nombre de followers Instagram que tu as ! Je ne vais pas citer de noms, mais ça a tué le game…

Tu es toi-même à la fois DJ et producteur, est-ce que tu préfères l’un ou l’autre aspect de ton métier ?

Ma passion, c’est clairement d’être DJ. Mais ça ne te permet aucune stabilité entre les voyages, les horaires décalés… Beaucoup de DJs deviennent producteurs, justement pour avoir une ligne directrice et un rythme de vie un peu plus « normal ».  Certains sont même aujourd’hui « producteurs fantômes » c’est-à-dire qu’ils créent des titres pour d’autres DJs qui ne savent pas le faire eux-mêmes, et on parle de 80% d’entre eux donc il y a du boulot ! Que ce soit pour les autres ou pour moi, produire me plaît aussi énormément, et on ne va pas se mentir, ça m’a apporté un équilibre de vie qui aurait été impossible si je ne faisais que tourner en tant que DJ.

Tu as profité du confinement pour sortir deux nouveaux EP, « Together » qui figure sur notre playlist, puis « Julio’s Mayhem». Raconte-nous comment cela s’est fait.

J’ai pris des vacances pendant le premier confinement, en fait presque 1 an ! Mais depuis janvier je n’ai pas arrêté de produire du son, j’ai plein d’EP dans les cartons dont ces deux-là, il n’y a plus qu’à les proposer et à les sortir !

Le retour de la scène européenne électro, clubs et festivals, ce ne sera pas avant 2022.

The Mekanism
Damien Roussel – aka The Mekanism | Photo de Solenne Jakovsky pour Le Prescripteur

Comment envisages-tu l’été pour la musique électro et ses différentes scènes, live et clubs ? Quels sont tes projets ?

Pour moi le retour de la scène européenne électro, clubs et festivals, ce ne sera pas avant 2022. Du coup je pars à Tulum d’où je vais faire des aller-retours, d’abord pour construire ma maison là-bas, et ensuite pour tourner en Amérique du Sud et aux Etats-Unis qui ont repris et où il y a plein d’opportunités. Je n’ai qu’une envie et qu’une hâte, jouer !

Pour en savoir plus :

Instagram et Soundcloud : @themekanism

Nouvel EP : « Together » (Adrianza Records) disponible sur Spotify

et sur les autres plateformes de téléchargement.

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