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La mode dans l’oeil d’Iracema Trevisan

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Cette femme a été bassiste dans un groupe de rock. Cette femme a été styliste chez les plus grands. Cette femme a lancé sa marque de foulards Heart Heart Heart et continue de la développer avec des projets mêlant mode et tech’. Cette femme est une sacré visionnaire (à l’accent brésilien).

Quand on te rencontre pour la première fois, on a du mal à imaginer que tu as été bassiste dans un groupe électro-rock !

Oui, c’est vrai. J’ai fait un détour par la musique avant de revenir à la mode. A l’époque, je travaillais déjà comme styliste au Brésil pour Alexander Herchcovitch et les week-ends, je jouais de la musique avec des amis. On n’a jamais voulu faire quelque chose de sérieux. On avait même un nom ridicule [ndlr : CSS, itiniales pour Cansei de Ser Sexy qui signifie « Je suis fatiguée d’être sexy »]. On faisait ce qu’on voulait, c’était très punk… Sauf une personne, on ne savait pas vraiment jouer ! (rires) On a commencé à faire des petits concerts à San Paulo. C’était les débuts de My Space… Une maison de disque aux Etats-Unis a fini par nous repérer, complètement improbable. La machine s’est emballée, aucun d’entre nous ne voulait vraiment faire carrière dans la musique et puis… j’ai ouvert les bras et je me suis dit, je me jette. J’ai mis sur pause ma carrière dans la mode. On a fait 2 ans de tournée complètement inattendue. Je pensais faire mes valises pour 2 mois, et en fait je suis partie 2 ans. Je me suis vachement amusée.

Pourquoi as-tu mis fin à l’aventure CSS ?

La musique n’a jamais été une vocation pour moi. Je savais que je ne ferai pas cela toute ma vie. Je ne me voyais pas à 40 ans encore sur scène. Mon cœur n’était pas à sa place. Je me sentais davantage appelée par la mode, même si j’adore la musique, son univers… Les gens y sont plus ouverts et plus collaboratifs que dans la mode. Au bout de deux ans, j’ai décidé d’arrêter CSS. J’ai fait un pas en arrière en déménageant à Paris pour aller étudier à l’IFM.
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Où as-tu fait tes armes en tant que créatrice de mode ?

J’ai fait des stages chez Lanvin et Kenzo notamment. En 2011, j’ai fini par créer Heart Heart Heart, que je continue de développer aujourd’hui, mais je souhaite que cela reste un petit projet, quelque chose de limité, de bien spécifique. C’est un endroit où je peux expérimenter, où je m’éclate avec les motifs et les couleurs. Au début, c’était une activité que je menais en parallèle de mon travail de styliste, maintenant je me consacre davantage à HHH même si j’ai gardé quelques clients.

 

Je pense que les gens peuvent accepter des imprimés un peu plus poussés que sur des vêtements car une fois pliés, noués, les motifs du foulard se cachent légèrement, et les couleurs se font beaucoup plus discrètes.

Pourquoi as-tu choisi le foulard comme terrain d’expression ?

C’est un accessoire que j’ai toujours porté. A l’époque où je jouais de la basse, j’en portais déjà un au poignet. Il a ce côté storytelling que j’adore, comme ce que l’on peut retrouver sur les carrés Hermès qui racontent des histoires. C’est un support qui se prête à des choses très ludiques, j’ai toujours vu le foulard comment étant l’accessoire où je pouvais le plus m’éclater. Je pense que les gens peuvent accepter des imprimés un peu plus poussés que sur des vêtements car une fois pliés, noués, les motifs du foulard se cachent légèrement, et les couleurs se font beaucoup plus discrètes. J’ai toujours été attirée par les couleurs fortes et je sais que sur vêtement, ce serait moins bien passé. C’est plus challenging de porter une chemise colorée et imprimée !

Te sens-tu influencer dans ton processus créatif ?

Mes deux grandes influences, ce sont le Brésil et la nature. Ma vision de la nature provient essentiellement du Brésil, là où je suis née, c’est toute mon enfance. J’ai toujours cette image en tête de l’architecture brésilienne envahie par la végétation qui s’y propage sans être invitée. J’ai été marquée par cela et je trouve que c’est très beau, très poétique, d’observer la nature qui reprend son espace. Ça m’inspire beaucoup pour la création de mes foulards que j’articule systématiquement autour de deux fils rouges : les rêves et la nature.

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Tu as décidé de faire des séries limitées pour chacun de tes foulards, c’est important pour toi d’offrir des pièces exclusives ?

Les pièces sont numérotées, c’est important pour moi que cela reste petit et exclusif. Je fais un dessin, je le produis en 55 unités. Une fois que c’est épuisé, c’est épuisé ! Je sors mes séries à peu près tous les 6 mois, avec des petits foulards en soie et des grands foulards en laine. Mais j’avoue que ce n’est pas toujours très régulier.

Dans ma tête, mes dessins bougent, ils font du bruit. Et j’aime quand j’arrive à mettre des notes et trouver les mouvements de ce qu’il se passe dans ma tête.

 

On a remarqué une belle collaboration pour ta série 8…

J’imagine toujours une petite histoire pour chaque série et j’aime faire des collaborations pour expérimenter au maximum. C’est ce que j’ai fait pour la série 8 avec mon amie Miranda July. Elle m’a écrit des petits textes que j’ai intégrés à mes foulards. Je voulais donner l’impression que quelqu’un te murmurait quelque chose à ton oreille, un peu comme un rêve. On a également réalisé une petite vidéo, et c’est mon fiancé Nicolas Godin qui m’a composé la bande son. Dans ma tête, mes dessins bougent, ils font du bruit. Et j’aime quand j’arrive à mettre des notes et trouver les mouvements de ce qu’il se passe dans ma tête.

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Que cherches-tu à apporter au milieu de la mode ?

De la fraîcheur. De la légèreté. Ouvrir des fenêtres de couleurs, offrir des créations un peu plus inattendues. Dans mes foulards, j’intègre systématiquement des éléments surprenants comme des insectes, des clous, des motifs que tu ne peux découvrir que si tu t’arrêtes vraiment sur mes foulards. Sinon tu ne les voies pas. J’aime créer la surprise.

 

Pour la nouvelle collection, la série 9, j’ai monté une application de réalité augmentée, pour donner vie aux histoires de mes foulards.

Quels sont tes futurs projets pour HHH ?

Pour la nouvelle collection, la série 9, j’ai monté une application de réalité augmentée, pour donner vie aux histoires de mes foulards. Même si une grande partie de la série sortira en novembre, tu peux dès maintenant sélectionner un foulard et le voir s’animer dans mon application. J’ai découvert cette technologie l’année dernière. Et je suis super étonnée que personne ne l’ait encore utilisée dans la mode, ça s’y prête tellement bien ! Je sors aussi pour la première fois des petits foulards en coton et soie courant novembre.

Le foulard revient beaucoup aujourd’hui, alors qu’il avait été longtemps délaissé par la tendance, jugé un peu trop « vieille France ». Cela te réjouit ?

En fait, le côté bourgeois du foulard est très français. Je sens effectivement que les gens en France sont de plus en plus curieux… Mais cette connotation vieillotte n’existe pas ailleurs. Je vends mes foulards un peu partout dans le monde : à Londres, aux Etats-Unis et surtout au Japon. Les Japonais apprécient beaucoup mes créations, je pense que c’est parce qu’ils adorent les choses qui sortent un peu plus de l’ordinaire.

Quelles femmes habilles-tu ?

Des femmes qui aiment les couleurs, qui ont le sens de l’humour et en même temps, qui sont assez chics et savent porter le foulard. Des femmes déjà un peu initiées je pense…
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Comment doit-on porter le foulard ?

Il n’y a pas de règles et tout dépend de ta tenue. Les grands foulards sont un peu plus fonctionnels, ils tiennent chauds ! Personnellement, j’aime les petits foulards, ceux que l’on porte très proches du corps, façon bandana. Aujourd’hui j’en porte un comme un bracelet. De manière générale, ce sont des pièces assez intimes qui se portent à même la peau, qui révèlent des histoires cachées dans leurs plis. Cela peut devenir des doudous que l’on porte tout le temps…

Pour tester l’application de réalité augmentée d’Iracema, il faut faire un tour sur le shop et se munir de son iPhone !

 


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Charlotte D.

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