L

La saison des lucioles // Chapitre 3 – Ma vie en miettes

Coucou c’est nous !


Le Prescripteur, c’est le magazine féminin créé par Prescription Lab pour vous parler beauté sans niaiserie, mode sans complexe et vous présenter des femmes et des hommes sans limite !

S’abonner au Prescripteur papier


Recevez chaque mois dans votre boîte aux lettres Le Prescripteur glissé dans la box beauté Prescription Lab !

Cet été, découvrez La saison des lucioles, une délicieuse nouvelle *érotique* de G.A O’Neill écrite spécialement pour Prescription Lab en partenariat avec Albin Michel ! A déguster depuis votre parasol… Ce mercredi, dévorez le troisième chapitre « Ma vie en miettes ».

La saison des lucioles

Chapitre 3 – Ma vie en miettes

Illustration de @marieguu

 

FX se réveillait doucement, il était cinq heures du matin et la chambre était déjà baignée de lumière.

J’observais ses cheveux bouclés et grisonnants, ses lèvres charnues, son nez aquilin. J’aimais son visage et sa stature rassurante.

Il ouvrit les yeux et me sourit.

— Quelle nuit torride !

Je ris, un peu gênée. Jamais je ne m’étais sentie aussi libre et épanouie sexuellement. Jamais je n’avais chuchoté des mots en faisant l’amour et je découvrais seulement à mon âge que ça m’excitait terriblement. J’aurais voulu que ces vacances ne s’arrêtent jamais.

— À quoi penses-tu, demanda-t-il ?

— J’aimerais que le temps s’arrête, ou retrouver mes vingt ans, l’âge où tout est encore possible, et rattraper le temps perdu.

— Mais regarde ! Nous sommes la preuve que tout est toujours possible.

— Oui, mais cette insouciance… L’autre jour, je me demandais à quel moment j’avais troqué mon sac de backpacker contre une Samsonite. Tu as quoi comme valise ?

— Une Samsonite, c’est mal ?

— Non, c’est juste ennuyeux.

— Non, c’est juste pratique.

— Tu plaisantes, ça pèse une tonne !

— Peut-être, mais au moins personne ne peut la forcer.

Je levai les yeux au ciel.

— Et puis c’est très pratique pour rapporter des objets fragiles.

— C’est peut-être ça la vieillesse : on réfléchit à toutes ces petites choses infiniment pratiques et infiniment ennuyeuses. Alors que lorsqu’on est jeune on ne se pose pas de question.

— Oui, et l’on revient avec des souvenirs brisés au fond de son sac à dos, dit-il.

Je ris.

— Exactement ! Je sais, je suis ridicule.

— Non, tu es parfaite.

Je ne savais pas comment le prendre, mais il me toucha par sa gentillesse et sa spontanéité. Il parlait sans filtre.

 

Alors que nous prenions notre petit déjeuner sur sa terrasse en observant les jardiniers s’affairer sur la propriété, je me surpris à lui demander s’il voulait faire le tour de l’île avec moi aujourd’hui.

Un sourire illumina son visage. J’aimais son sourire.

 

Après m’être changée et avoir pris quelques affaires dans ma suite, je le rejoignis au lobby. Il lisait un guide et avait déjà coché des endroits à voir. De mon côté j’avais pris une carte de l’île.

Il avait loué une petite voiture.

— C’est la seule qui restait, dit-il comme pour s’excuser

— Mais c’est parfait…

Décidément, j’essayais de me faire violence, mais je ne pouvais pas prononcer son prénom. J’avais peur que cela paraisse grossier au bout d’un moment.

Je m’engouffrai avec bonheur dans la voiture. Je ne voulais rien suggérer, simplement me laisser porter là où bon lui semblerait.

J’ouvris la fenêtre en grand et humai l’air avec délice. Au bout d’une heure de route, le paysage sec laissa place à une atmosphère bien plus humide et une végétation plus dense. Nous avions entamé la route de Balata. La route grimpait et devenait de plus en plus sinueuse. Après une route tout en virages, il se gara devant le jardin de Balata.

FX insista pour acheter les billets.

— Laisse tomber, Diane, puisque ça me fait plaisir !

Passé la petite maison traditionnelle qui servait d’entrée et de boutique, le jardin nous apparut avec ses essences rares et majestueuses.

Après l’allée principale, nous arrivâmes à un jardin de broméliacées aux feuilles succulentes multicolores. En contrebas, un bassin orné de nénuphars surplombait un point de vue magnifique sur la forêt.

Je m’arrêtai pour admirer le paysage. Tout au fond on pouvait apercevoir la mer des Caraïbes. Je retirai mes lunettes de soleil et laissai le soleil chauffer mon visage.

— C’est magnifique, dit-il en m’étreignant.

Un colibri vint tourner autour de moi. Je finis par sortir mon appareil photo. On aurait dit qu’il n’attendait que ça.

Il se mit à voleter près d’une rose porcelaine, puis ce fut le tour d’un hibiscus. Le cliché était parfait.

D’autres touristes vinrent en faire autant.

— Il est employé par la maison, c’est pas possible, dis-je.

— On dirait, effectivement.

 

Nous déjeunâmes à trois heures de l’après-midi au village d’Ajoupa Bouillon avant de reprendre la route qui devait nous mener vers Grand-Rivière en passant par Basse-Pointe et Macouba.

Nous étions partis de Grand-Rivière pour rejoindre Le Prêcheur lors de notre marche, mais n’avions pas eu l’occasion de visiter cette petite ville de pêcheurs. De là, nous pourrions redescendre vers Saint-Pierre en longeant la côte.

Il était déjà dix-sept heures lorsque nous fîmes halte à Grand-Rivière. Nous étions à l’extrême nord de l’île là où les courants atlantiques et de la mer des Caraïbes se rejoignent pour former le canal de la Dominique, connu pour ses courants parfois mortels.

FX se posta devant une petite plaque commémorant les dissidents de la Martinique.

— Tu savais ça ? dit-il.

— Oui, bien sûr.

Je lui racontai l’histoire de mon grand-oncle qui à l’âge de vingt ans répondit à l’appel du général de Gaulle et franchit le canal afin de rejoindre l’île de Sainte-Lucie. Les Antilles françaises faisaient partie de la France de Pétain et étaient entourées par des sous-marins allemands et plus de cinq mille marins français y sont envoyés. La traversée particulièrement périlleuse se faisait de nuit. Depuis Sainte-Lucie, ils rejoignaient ensuite les États-Unis avant de rejoindre la France. C’était mon oncle France, Tonton France comme on l’appelait. Un prénom prédestiné.

— Comment des hommes si loin du front pouvaient-ils entrer en guerre ? s’interrogea FX.

— Moi aussi, ça me sidère quand j’y pense, mais la distance n’importait pas. Ils étaient français et se sentaient français, répondis-je. Les Antilles avaient été arbitrairement ralliées à la France de Pétain et les opposants politiques exilés en Guyane. Les hommes avaient perdu leur droit de vote, la population était surveillée, rationnée, les femmes n’avaient plus le droit de travailler, au nom de la famille. Pour la population, tout ça avait sans doute un relent d’esclavage. Esclavage dont elle s’était affranchie moins de cent ans auparavant. Alors, on peut comprendre pourquoi, très vite, les habitants se soulevèrent contre le régime. Quant aux dissidents, ils furent près de cinq mille hommes et femmes à rejoindre la France libre entre 1940 et 1943 en faisant cette traversée périlleuse. Et en 1943, les Antilles basculèrent officiellement dans le camp de la résistance.

 

Nous regardions les flots s’affronter. C’était beau, mais de gros nuages gris s’approchaient rapidement à l’horizon et le vent semblait forcir. L’air devenait plus frais également.

— On ferait bien de continuer.

— Oui, tu as raison, dis-je en pressant le pas vers la voiture.

Nous avons continué sur la route qui longeait la mer. Puis la route devint plus étroite jusqu’à devenir un tout petit chemin presque sablonneux.

Et devant de nous, une pente assez abrupte menait à la mer.

FX arrêta le moteur. Je sortis en premier de la voiture, cherchant la suite de la route censée nous mener à Saint-Pierre en passant par le Prêcheur et ainsi nous permettre de faire le tour de l’île.

— Elle est où la route ? demanda FX.

— Je comprends pas… il n’y avait bien une route fut un temps…

Un homme arrivait justement derrière nous, je lui demandai où se trouvait la route qui menait à Saint-Pierre. Il me regarda avec des yeux ronds.

Il n’y avait pas de route et il n’y en avait jamais eu.

— Vous voulez dire qu’on ne peut pas faire le tour de l’île en voiture ? insistais-je.

— Mais non, enfin. Comment, vous n’êtes pas du pays-en ? Tchip !

Son tchip sonore exprimait l’ampleur de sa sidération.

— Euh, oui, mais non…

— En tout cas, vous feriez mieux de vous dépêcher, le temps se couvre.

Je regardai FX, désespérée. Après toutes ces heures passées en voiture, il nous faudrait faire marche arrière.

À peine rentrés dans la voiture, de grosses gouttes raisonnèrent sur la tôle.

— Mais tu m’avais bien dit que tu avais déjà fait le tour de l’île, non ?

— Oui, j’en étais persuadée, mais manifestement, j’ai dû l’imaginer.

FX eut un fou rire. Visiblement, il n’était pas aussi désespéré que moi, mais je pense qu’il n’avait pas idée du temps qui nous attendait.

Il remit le moteur en marche et repartit gaiement.

— Tu sais, ça me plaît qu’on ne puisse pas faire le tour de la Martinique.

— Ah oui ? fis-je en haussant un sourcil.

— Oui, ça lui laisse un côté sauvage et mystérieux que j’aime beaucoup, dit-il en me regardant de façon appuyée.

Sa métaphore exotico-folklorique me donna envie de rire, mais je me retins du mieux que je pus et tournai la tête vers ma fenêtre.

En tout cas, il n’allait pas tarder à connaître le côté sauvage de mon île d’origine.

Au bout de vingt minutes d’une route sinueuse, la visibilité devint quasi nulle. La pluie ne faisait que redoubler et notre petite voiture n’était guère rassurante.

FX roulait à deux à l’heure, accroché au volant comme à son bien le plus précieux, écarquillant les yeux pour repérer la route. Il était beaucoup moins heureux. Il décida de s’arrêter à Macouba. Il n’y avait pas âme qui vive. Il gara la voiture sous l’auvent d’un restaurant fermé. Nous n’avions plus qu’une chose à faire : attendre que ça se calme.

La pluie avait déjà transformé le caniveau en grosse rigole, le vent fouettait les arbres. J’avais vécu un cyclone, petite, et j’avais encore à l’esprit l’image de paysages dévastés, de rochers soulevés et déplacés comme des ballons gonflés à l’hélium. La nature déchaînée avait un pouvoir hypnotique. Mais aujourd’hui, il ne s’agissait que d’une tempête tropicale.

La nuit était tombée. Nous nous étions résignés à passer une bonne partie de la soirée bloqués ici et avions incliné nos sièges.

Tout d’un coup, alors que nous étions assoupis, une branche fut projetée sur la voiture. Je bondis sur FX et lui agrippai le bras.

— Désolée, c’est que ça commence à être inquiétant.

Il me répondit par un sourire charmeur.

La tempête ne faiblissait pas, la route était devenue une véritable rivière. Nous n’osions même pas descendre de voiture et partir à l’aveuglette à la recherche d’un refuge chez l’habitant.

— Je crois que nous allons devoir passer une partie de la nuit ici, dit-il.

— Puisque nous sommes coincés, autant en profiter, dis-je en passant une main dans son short.

Il constata ma hardiesse, sidéré.

— Mais elle est sérieuse, dit-il alors que je tenais déjà fermement son sexe.

Il inclina son siège davantage et me prit pas la taille pour m’aider à me mettre à califourchon sur lui. Puis il tenta de retirer son short, mais il fallait que je me soulève au-dessus de lui pour lui permettre de réaliser la manœuvre. En croisant son regard, un rire communicatif s’empara de nous. Nous restâmes enlacés plusieurs minutes avant qu’il ne m’aide à enlever ma culotte. Il baissa mon débardeur et mon soutien-gorge, prit mes seins à pleine main avant de sucer mes mamelons durcis. Je m’appuyais d’une main contre la vitre puis contre le plafond de la voiture de l’autre.

Son souffle était rapide, je me soulevai et guidai son sexe en moi. La hauteur des sièges était parfaite et me permettait d’avoir la force suffisante dans les jambes pour onduler sur lui. Je l’étreignis et enfonçais ma langue dans sa bouche.

— Tu m’excites tellement, dit-il de sa belle voix grave.

— Moi aussi, j’aime ça. Je veux que tu me baises.

Cette phrase était sortie comme ça, inconsciemment. Je n’avais jamais prononcé ce mot et je sentis bien qu’à l’entendre l’excitation de FX monta d’un cran. Il me maintint serrée contre lui pour ne pas sortir de mon corps et se mit au-dessus de moi. Agrippant d’une main le haut du siège vers ma tête, il donna de forts coups de reins tout en utilisant ses doigts qu’il venait d’humecter pour jouer avec mon clitoris. Il l’excita jusqu’à l’orgasme avant que je n’en vive un second, grâce à sa verge. Je fus étourdie par un plaisir que jamais je n’avais ressenti en vingt-cinq ans de vie commune.

À l’extérieur, la tempête soufflait fort et on ne savait pas si notre petite voiture était davantage secouée par le vent ou par nos ébats.

FX donna un dernier coup de reins avant de jouir à son tour et de s’étendre sur moi. En l’espace de quelques jours, j’avais rencontré deux hommes qui avaient à cœur de me donner un maximum de plaisir. Alors que je pensais avoir eu une sexualité relativement épanouie dans nos premières années avec mon mari, je me rendais compte à présent de son manque de générosité et de mon manque d’imagination.

Nous restâmes silencieux quelques instants puis FX se redressa :

— Tu sais que nous avons fait l’amour sans préservatif, dit-il.

— Je sais, fis-je en faisant la moue alors que je sentais un liquide tiède couler entre mes cuisses.

Heureusement, pensais-je, nous nous étions protégés avec Firmin et après la mort de mon mari infidèle, j’avais fait le test.

— Sache que tu ne risques rien, dit-il.

— Toi non plus, répondis-je.

Il eut un sourire comme pour dire que cela était une évidence.

Effectivement, je venais de perdre mon mari et il ne se doutait pas que j’avais pourtant un autre amant. Tout à coup, cette constatation me mit mal à l’aise même si, après tout, je n’avais de comptes à rendre à personne. J’étais en droit de profiter pleinement de la vie. J’avais plus de quarante ans et je m’autorisais enfin à découvrir des choses, à apprendre à me connaître.

 

Nous avons discuté une bonne partie de la nuit. La tempête qui grondait à l’extérieur avait fait de notre habitacle exigu un lieu propice aux confidences, un petit havre de paix comme l’œil d’un cyclone. Puis le sommeil nous gagna pendant quelques heures.

Je me réveillai un peu après le lever du soleil. Il était cinq heures du matin. FX n’était pas dans la voiture. Je le vis revenir avec deux gobelets fumants et un sachet de viennoiseries.

— Il y a une boulangerie là-bas qui n’ouvre qu’à sept heures, mais j’ai expliqué notre calvaire et ils ont bien voulu ouvrir la caisse.

— C’est divin !

Je sortis me dégourdir les jambes.

Le temps restait couvert, mais la pluie avait cessé et la route paraissait à nouveau praticable.

Je bus mon thé avec délectation.

— D’ailleurs, ce n’était pas un calvaire, reprit-il. J’ai dit ça pour leur faire pitié. Cette nuit était incroyable, dit-il en m’embrassant dans le cou.

Je le regardai droit dans les yeux, décidément je le trouvais beau, d’autant plus avec sa barbe naissante et ses cheveux décoiffés. On devait tous les deux avoir l’air d’avoir dansé toute la nuit.

— Dire que tu pensais faire le tour de l’île. Non, mais, franchement…

 

Il n’arrêta pas de me chambrer pendant tout le trajet du retour.

À notre arrivée je regagnai ma chambre et pris une douche avec bonheur. Je n’avais pas sommeil et décidai d’aller au surfcamp malgré l’insistance de FX pour passer la journée ensemble. Il comprit que j’avais besoin d’avoir des moments à moi. Mais il me proposa de nous retrouver le soir pour dîner et j’acceptai volontiers.

 

*

 

 

Je venais de passer la nuit avec un homme et n’avais qu’une seule envie : revoir mon beau surfeur. Mon corps était électrique. Je n’avais pas été dans cet état de fébrilité sexuelle depuis mon adolescence. Je ne pensais pas qu’à mon âge c’était encore possible et ça faisait un bien fou !

Le site avait un peu souffert de la tempête, mais rien de méchant. Beaucoup étaient occupés à nettoyer leur bungalow. Je retrouvai Fifi sur la plage en train de balayer les nombreux débris qui jonchaient le sable.

Lorsqu’il me vit arriver, il lâcha son râteau et m’embrassa longuement.

Il me regarda avec un sourire et m’entraîna un peu en retrait de la plage derrière les raisins de mer. Il m’allongea sur le sable chaud et fit glisser ma robe le long de mon corps.

— J’ai envie de toi, me murmura-t-il à l’oreille.

Il était sur moi et commençait l’exploration de mon corps avec ses lèvres et sa langue.

J’avais peur que quelqu’un nous voie et je tournai la tête sur les côtés, jusqu’à ce qu’il atteigne mon entrecuisse. À ce moment-là, le reste ne m’importa plus tant mon excitation était forte. Il me suçait comme une mangue bien mûre. Puis il enfonça deux doigts dans mon sexe et me lécha le clitoris tout en faisant des va-et-vient rythmés avec ses doigts.

Je laissai échapper un cri de plaisir et ondulai du bassin pour accompagner son mouvement.

Il resta de longues minutes à me pénétrer et me lécher ainsi avant de mettre un préservatif. Je me levai et me penchai en appui contre un arbre. J’avais envie qu’il me prenne par-derrière.

— Oh oui, comme ça ma belle, dit-il en enfonçant son pénis.

Il mettait de la force, mais sans jamais me faire mal. Il était puissant, mais sous contrôle. Ensuite, il me redressa contre lui. Son sexe était suffisamment long et dur pour qu’il puisse me pénétrer dans cette position et d’une main il me caressait les seins et le bas-ventre.

Mon entrecuisse dégoulinait de plaisir. L’orgasme secoua mon corps. Firmin me tint fermement contre lui et s’autorisa à jouir lui aussi.

 

Nous restâmes nus sur le sable l’un contre l’autre puis je me décidai à partir, en promettant de revenir lui dire au revoir avant mon départ.

Il se montra triste, mais je n’étais pas naïve et je me doutais qu’il ne devait pas s’appesantir longtemps sur ses nombreuses idylles, vu sa manie d’avoir toujours des préservatifs à portée de main comme s’ils tombaient des cocotiers.

Il m’accompagna sur le chemin du retour et m’embrassa une dernière fois. Lorsque nos lèvres se séparèrent, je vis une voiture qui passait à côté de nous en provenance de l’autre plage.

Un visage était légèrement penché à l’extérieur et me fixait. Je ne sais pas si ses yeux exprimaient l’étonnement, la déception, la vexation ou tout cela à la fois.

J’étais mortifiée. Il s’adossa à son siège et je suivis des yeux la voiture qui s’éloignait.

— Ça va Diane ?

— Oui, ça va bien, c’est juste un client de l’hôtel.

— Bon, je te dis à dimanche alors ?

— Oui, à dimanche.

Mon sourire retomba aussitôt et je me mis à piétiner les pierres sous mes pas.

 

J’arrivai au lobby en espérant ne pas le croiser. Je ne me rendis pas à notre dîner et passai les derniers jours de son séjour à l’éviter. Je savais qu’il partait deux jours avant moi. Puis un matin, l’hôtesse me remit un paquet.

Je remontai rapidement dans ma suite et m’assis sur le lit.

Je contemplai ce petit paquet d’une très grande légèreté. Il était à peine plus gros qu’un Rubik’s Cube entouré d’un papier végétal joliment fermé par du raphia. Il y avait un petit message coincé sous la ficelle. Quand je le secouais, il ne faisait aucun bruit.

Je le laissai sur le lit et décidai de l’ouvrir plus tard dans la soirée. Ce que je ne fis pas.

 

Le lendemain, j’avais prévu une marche culturelle que j’avais réservée au début de mon séjour. En me levant le matin je le regrettais déjà.

Mon corps me paraissait engourdi. Je pris une douche glacée qui ne me réveilla pas davantage.

À dix heures du matin, je me retrouvai au nord de l’île avec un couple de touristes et un guide à la recherche de vestiges amérindiens.

Le guide avait l’air d’un yogi. Son visage et son corps étaient particulièrement maigres. Il portait des locks blanches ramenées en un énorme chignon au-dessus de sa tête. Je me demandais comment il faisait pour ne pas vaciller sous ce poids.

Il nous serra la main en nous regardant longuement chacun. Il avait des yeux bleus foncés qui contrastaient avec sa peau noire. Il avait vraiment l’air mystique.

Il commença ses explications sur la colonisation de l’île par les Amérindiens venus d’Amérique du Sud. Le site que nous allions visiter aux abords d’une plage comportait des vestiges en céramique peinte.

Je n’arrêtais pas de bâiller. Cela devenait gênant et plus je m’efforçais de manifester mon intérêt, plus j’étais prise de bâillements. J’en avais les larmes aux yeux.

Nous longeâmes une plage de sable noir aux reflets brillants. J’enlevai mes chaussures afin d’être en contact avec le sable et les autres firent de même.

Notre yogi était pieds nus depuis le début.

Il nous fit remonter vers le haut de la plage et nous nous enfonçâmes dans une petite forêt d’arbres bas et épars. Puis nous arrivâmes à une clairière où un site archéologique était délimité par des cordes. Il devait y avoir une trentaine de céramiques en assez bon état. Le yogi fit un signe au gardien qui en assurait la surveillance.

Un bâillement sonore m’échappa.

Le yogi se tourna vers moi, mais son regard était bienveillant. Je restai en retrait en attendant que ça se passe et fermai les yeux un instant.

J’entendais ses paroles me bercer : « les Arawaks venaient du continent sud-américain et ont peuplé l’île dès le premier siècle avant notre ère. Comme vous pouvez le voir, ils étaient de fins céramistes. Ils vivaient de l’agriculture et de la pêche, mais aussi du commerce qu’ils entretenaient avec le continent et les autres îles. On les oppose souvent et à tort aux Caraïbes… » Je me suis approchée comme le groupe autour des céramiques, adoptant une position accroupie. Puis, je me suis mise en retrait, adossée à un arbre. Je me souviens d’avoir un peu ouvert les yeux puis de les avoir refermés, attendant le reste de son récit.

Un bruit me fit brusquement sursauter, j’ouvris les yeux et constatai, stupéfaite, qu’il n’y avait plus personne. Même le gardien avait disparu. Je regardai le site archéologique sans comprendre ce qui se passait.

Le site n’était plus là. Il n’y avait plus de corde et plus aucune céramique.

Seuls subsistaient les arbres et la plage. Je tournai sur moi-même. Je devenais folle ou quoi ?

Tout à coup, je crus apercevoir plus loin dans les terres de la fumée s’élever. J’avançai dans cette direction. À ma grande surprise, je découvris le guide accroupi devant un feu. Derrière lui il y avait une case, tel un carbet, dans laquelle il faisait des allées et venues.

— Mais que s’est-il passé ? demandais-je. Où sont les autres ?

Le yogi m’ignora tout en continuant à alimenter son feu avec des morceaux de papier qu’il prenait soin de déchirer en tout petits morceaux. Tout en faisant cela, il fredonnait un air.

Je fus prise de stupeur.

— Mais arrêtez ! dis-je me précipitant sur lui.

Je lui arrachai des mains ces papiers et les regardai, incrédule. C’étaient des photos de famille représentant mes enfants, ma sœur, mon mari, ma mère, mon père.

Que faites-vous ? dis-je en sanglotant, mais que faites-vous ?

Il se leva et disparut dans la case. Je voulus le suivre, mais quelque chose m’en empêcha et je rouvris les yeux comme si je me réveillais une seconde fois.

Les deux touristes étaient penchés au-dessus de moi. J’étais allongée sur la plage à l’ombre de raisiniers de bord de mer.

—Vous avez perdu connaissance, dit la femme.

Je cherchai des yeux le yogi.

— Le guide a dit qu’il revenait avec une tisane.

Effectivement, je le vis revenir et il me tendit une tasse métallique fumante toute cabossée. Je bus avec plaisir ce liquide chaud parfumé aux épices. Toutes les parties de mon corps qui semblaient engourdies se ranimèrent petit à petit.

J’avais dû avoir un malaise et être victime d’hallucinations.

Il me sourit, reprit ma tasse et tout en s’éloignant il entonna un air.

Ce même air que j’avais entendu dans ce rêve.

— Vous vous sentez bien ? demanda le mari.

— On devrait appeler les secours, elle est toute blême, lui dit sa femme en baissant d’un ton.

— Mais tu ne te souviens pas de ce qu’a dit le guide ? Cet endroit est chargé, certaines personnes y sont sensibles…

— Depuis quand tu crois à ces trucs-là, toi ? Tu lis trop Stephen King. On n’est ni dans le Maine ni sur le site d’un ancien cimetière indien !

— Qu’est-ce qu’il a dit, le guide, à propos de ce site exactement ? demandais-je.

— Il a dit que ce site était celui d’un ancien village amérindien, probablement le dernier avant qu’ils ne soient chassés ou tués. Cet emplacement fut aussi celui d’esclaves marron qui se seraient cachés ici. Bref, il dit qu’il est chargé d’ondes… Enfin, vous aurez remarqué qu’il est un peu spécial le guide, dit-elle en se penchant vers moi.

Justement il faisait sa réapparition au loin. Je me levai et me sentis beaucoup mieux.

— Bon, je crois que tout va pour le mieux maintenant, dit-il sans pour autant sembler s’adresser à moi en particulier.

— Oui, fit le couple en se tournant vers moi.

Je me contentai de sourire.

De retour au minibus, le guide nous salua de nouveau. Lorsque mon tour vint, il attrapa ma main avec force et me dit « si ou ka continué menti cow’ou, ou ké pèd tout moun ou ka inmin’». Puis il s’éloigna en chantonnant.

 

Revenue dans ma suite, je restai allongée jusqu’à ce que le soleil décline. Je n’avais toujours pas ouvert le cadeau de FX, mais repassais dans ma tête les événements de la journée.

Ce rêve éveillé, le guide, sa phrase avant de partir ; je risquais de perdre tous ceux que j’aime à force de me mentir à moi-même. Voilà ce qu’il m’avait dit.

Est-ce que je venais de vivre une expérience mystique ou est-ce que tout cela avait une explication rationnelle ?

Je m’assis sur le lit face à ma somptueuse véranda et me décidai à ouvrir le paquet. Je défis délicatement le raphia puis dépliai doucement les feuilles qui bruissaient sous mes doigts. Un sourire se dessina sur mes lèvres que je mordis afin de les maintenir closes.

J’ouvris alors le petit mot qui l’accompagnait.

 

Diane,

J’avais tellement envie de partager un dernier moment de complicité avec toi et revoir cette joie d’enfant sur ton visage. La nuit et la vie te sourient.

Avec toute mon affection,

François-Xavier.

 

J’allai sur la terrasse contempler cette petite cage en osier.

À l’intérieur, de petits insectes attendaient patiemment que je les libère.

J’ouvris délicatement la cage et attendis qu’elles trouvent leur chemin. Mais au lieu de s’envoler, elles grimpèrent sur ma main. J’avais tout le loisir de les contempler. Puis, au bout de plusieurs minutes, elles s’envolèrent en s’allumant dans la nuit.

Je restai appuyée à la rambarde de la véranda en contemplant les lucioles de ma jeunesse. Des larmes incontrôlables coulaient sur mon visage, puis je fus secouée par des sanglots. Je n’arrivais plus à m’arrêter, je pleurais toutes les larmes de mon corps. Je pleurais pour tous les moments de ma vie où je n’avais pas su pleurer.

Le lendemain après-midi, mes bagages étaient prêts. Je dis au revoir au personnel et m’embarquai dans la navette qui devait m’emmener à l’aéroport. Je n’avais dit au revoir ni à Firmin ni à FX.

Je passai ma tête par la fenêtre et regardai cette image de carte postale. J’empruntai pour la dernière fois le chemin bordé de palmiers royaux et vis s’éloigner cette somptueuse habitation nichée dans ce jardin d’Eden.

 

La suite mercredi prochain sur le blog….

*

Vous aimez ? Découvrez le premier roman érotique de G.A O’Neill aux Editions Albin Michel sur le site de la collection ma-nextromance.fr

nouvelle

 

 

Team Prescription

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

avatar
300
  Subscribe  
Me notifier des