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Parfums – Le café, une nouvelle addiction en parfumerie

On croyait le café relégué en grains à l’entrée des parfumeries, supposément pour aider à débarrasser votre nez de toutes les odeurs que vous y avez senties… Mais qu’on ne s’y trompe pas, la note Café réussit à franchir le pas et s’invite maintenant au cœur des compositions olfactives tendance, avec des succès qui prouvent qu’à la machine comme sur sa peau, tout le monde peut devenir accro!

Des débuts en blacklist

L’arrivée du café dans le monde des parfums ne s’est pas faite facilement. En effet, l’absolue café obtenue par extraction des graines du fruit du caféier s’avérait difficilement solvable, et donc complexe à intégrer chimiquement dans la formule des parfums.

L’odeur du café moulu, particulièrement puissante et évocatrice pour les afficionados, a donc dû longtemps rester confinée aux boutiques de torréfaction. On pouvait la respirer tant qu’on voulait, sans pouvoir se l’approprier par le biais d’un parfum dédié.

L’univers de la parfumerie a pris conscience de ce manque à gagner : le café est la deuxième boisson consommée dans le monde après l’eau, et la deuxième ressource naturelle exploitée après le pétrole ! Les laboratoires de création ont donc mis tout en oeuvre pour faire sensation en travaillant des compositions qui pourraient permettre au café de faire sa révolution.

De l’or en flacon

Mugler

La gloire arrive enfin pour la note Café en 1996, avec le lancement d’A*Men de Thierry Mugler, une fragrance puissante qui se veut le pendant masculin du très gourmand Angel, lancé l’année précédente. Les notes de tête classiques pour un masculin (Menthe Poivrée, Lavande, Coriandre, Bergamote) contrastent avec des notes de fond surprenantes : Fève Tonka, Styrax, Muscs Blancs, et bien sûr Café, qui est clairement revendiqué jusqu’au flacon noir designé par Thierry Mugler himself. Mieux encore, le parfumeur à l’origine de la fragrance, Jacques Huclier, va continuer de développer la formule en restant fidèle à la prédominance du café, notamment avec A*Men Pure Coffee en 2008, et plus récemment avec A*Men Pure Tonka. La très bonne réception du parfum dès son lancement en a fait une référence pour les autres maisons, qui vont pourtant mettre du temps à rencontrer le même succès avec la note Café, qui reste limitée aux parfums masculins.

 

L’addiction chic

Opium

Il faudra attendre presque 20 ans pour qu’un nouveau petit noir secoue l’univers de la parfumerie féminine. Avec Black Opium lancé en 2014 en tant que nouvelle version du célèbre Opium d’Yves Saint Laurent, le café se révèle à la fois féminin, élégant et rock n’roll.

Opium-YSL

Le Grain de Café Intense associé à la Poire et aux Baies de Roses en note de tête laisse ensuite place à des accords plus courants pour les parfums féminins (Jasmin, Fleur d’Oranger, Vanille, Bois de Cèdre, Patchouli). Mais c’est le café que tout le monde retient. Plus de 30 ans après la scandaleuse apparition de son grand frère, Yves Saint Laurent parvient à marquer à nouveau les esprits en lançant le premier parfum « café floral ». Le flacon noir pailleté et le spot publicitaire sont à l’avenant, présentant une femme au look androgyne et à l’allure bourgeoise-rock, parcourant la nuit avec une attitude à la fois sage et subversive, qui correspond parfaitement à la composition inattendue de la fragrance. Aux années 70 et à l’opium succèdent les années 2000 et le café, une nouvelle addiction moins dangereuse mais tout aussi mystérieuse.

 

Café gourmand

L'artisan-parfumeur

Le succès de Black Opium a prouvé l’élégance, la puissance et le caractère que la note café peut insuffler à un parfum. C’est ensuite au tour des maisons plus confidentielles de jouer avec le café, en utilisant cette fois l’huile essentielle au lieu de l’absolue, afin de donner une inflexion plus gourmande, liquoreuse et chocolatée à sa perception. Ainsi Noir Exquis de l’Artisan Parfumeur (2015) associe la note café aux Marrons et au Sirop d’Érable et donne envie de pâtisseries plus de que de nuits sans fin. Même impression avec le dernier né de la gamme A*Men de Thierry Mugler, Pure Tonka (2016), où la note Café s’associe à la Fève tonka, au Cacao et à la Réglisse pour une composition tout aussi puissante mais plus gourmande que l’original.

 

Lentement mais sûrement, le café a réussi à tracer son chemin dans l’univers codifié des parfums, en révélant progressivement toutes ses facettes : puissance, énergie, mais aussi gourmandise et délicatesse. Au-delà de la couleur noire et des eaux de parfums puissantes qui ont marqué ses débuts, il a évolué pour s’adapter, au masculin comme au féminin, à toutes les possibilités, et s’est finalement rendu aussi indispensable sur notre peau que dans notre tasse. De quoi donner envie de se reprendre un café, réel ou évaporé, à vous de décider !

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