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Philippe Zorzetto – (Soulier) Masculin, Féminin

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De Matthieu Chedid à Inès de la Fressange, le nom de Philippe Zorzetto circule depuis quelques années parmi un cercle d’initiés qui ne cesse de s’étendre, notamment grâce à un moodboard rock et vintage à souhait. À l’occasion des 10 ans de sa marque, Philippe Zorzetto a accepté de revenir avec nous sur les clés d’un succès élégamment discret. Entretien au pied, ou plutôt à la boots, levée.

Tu fêteras l’année prochaine les 10 ans de ta marque, félicitations ! Quelles ont été les grandes étapes de son évolution ?

Merci ! Effectivement la marque a été créée en mai 2008 avec la particularité de jumeler le lancement de la première collection et l’ouverture de la boutique rue Vieille du Temple, qui est toujours son vaisseau amiral. Plus globalement, j’ai gardé cette volonté de rester au plus près de la réalité, d’être proche des clients ; c’est ce qui continue de me guider depuis 10 ans, même si entre temps se sont ouverts d’autres points de vente, au Printemps de l’Homme notamment.

 

J’ai construit petit à petit un ADN de marque avec les caractéristiques qui me tenaient à cœur : le confort, la qualité, le style.

 

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Depuis 2008, la marque a pourtant connu une vraie évolution : le site n’était qu’une vitrine à sa création en 2010, il est aujourd’hui un site marchand qui est la locomotive des ventes ! Internet ne me fait pas peur, tant qu’il est bien utilisé : le site est complémentaire de la boutique, tout est lié. La consommation « phygitale » (contraction entre boutique physique et shop digital, ndlr) a profondément modifié nos habitudes d’achat.

 

Il y a aussi les réseaux sociaux qui sont un « directeur de la comm » à eux tous seuls…

Effectivement, les réseaux sociaux ont pris une grande importance en 10 ans, et là encore je n’y vois que du positif lorsque c’est bien géré : ils permettent de partager un « moodboard » avec les clients et plus seulement avec les équipes créatives, de gagner en visibilité, d’échanger en direct, ce qui m’amuse beaucoup. Le partage est une notion très importante pour moi, et Instagram permet cela.

Je souhaite tout simplement créer des chaussures de leur époque, pour des gens qui vivent leur époque et souhaitent consommer différemment, au-delà du caprice d’une saison. Mes souliers sont faits pour durer.

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La marque est toujours indépendante, comment parviens-tu à le rester ?

Je pense que la clé de la longévité réside dans la fidélité à certaines valeurs : pour moi, c’est l’échange et la liberté. La liberté de créer à son rythme, de faire connaître son travail, mais surtout de prendre son temps !

Ensuite j’ai conscience de ne pas savoir tout faire, et je ne le prétends pas : j’essaie de m’entourer et de me faire aider par des gens bienveillants qui m’aident à progresser. Ma priorité est de développer la marque tout en conservant l’aspect humain et la même qualité.

Et enfin, je pense avoir pris le temps de construire les fondations de la marque en commençant par me focaliser sur le produit, et pas sur autre chose. Les premières collections n’étaient pas forcément les plus réussies, mais c’était les plus spontanées ! J’ai construit petit à petit un ADN de marque avec les caractéristiques qui me tenaient à cœur : le confort, la qualité, le style.

 

Le rock est une musique androgyne qui m’inspire beaucoup, donc je parlerais plutôt d’« androgynie rock » en termes de style.

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Ton mantra est l’« art du soulier fait main », qu’est-ce que ça implique ?

C’est drôle ce terme de « mantra », je dirais plutôt que c’est une signature…Qui implique que je demeurerai toujours du côté artisanal de la fabrication de souliers, comme il y a 40 ans, et pas dans la construction industrielle. Cela implique des process plus longs, des gestes plus lents (pas forcément sans machines quand même !) mais cela apporte aussi un confort, des finitions et une pérennité des modèles très différents de la fabrication industrielle. Je souhaite tout simplement créer des chaussures de leur époque, pour des gens qui vivent leur époque et souhaitent consommer différemment, au-delà du caprice d’une saison. Mes souliers sont faits pour durer, comme les basiques d’une garde-robe, un caban, un col roulé bleu marine… Je suis aussi très exigeant sur la charte de qualité et les processus de validation, et bien sûr je porte tous les prototypes Homme pour les tester avant leur commercialisation.

 

J’aime que mes boots (…) aient tapé du pied en concert, dansé en boîte de nuit, que leur propriétaire ne pense pas systématiquement à les cirer… Qu’elles aient l’air un peu vieilles, un peu détruites, mais que malgré tout elles survivent.

 

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Les univers Homme et Femme ont deux sections séparées sur le site : souhaites-tu accentuer cette différenciation à l’avenir ou plutôt conserver une certaine « androgynie du style » ?

J’ai toujours crée pour la femme et l’homme, mais toujours de l’homme vers la femme, avec cette idée simple d’adapter la construction d’une chaussure masculine aux pieds des femmes. Cela n’avait pas été fait auparavant car les ateliers de chaussures Homme et Femme sont habituellement séparés. La technique du « Cousu Blake » (la tige et la semelle sont cousues sous la semelle intérieure du soulier au lieu d’être simplement collée ndlr) qui est la valeur ajoutée maison était au départ réservée aux hommes. Elle apporte pourtant une résistance et un confort très appréciés des femmes, pourvu qu’on adapte la construction du soulier à leurs pieds. Mes clientes recherchent essentiellement des chaussures d’homme, et je fais surtout du plat, richelieus, mocassins, boots… Et puis le rock est une musique androgyne qui m’inspire beaucoup, donc je parlerais plutôt d’« androgynie rock » en termes de style.

 

C’est-à-dire ?

J’aime que mes boots soient portées longtemps, qu’elles vivent et que ça se voie ! Qu’elles aient tapé du pied en concert, dansé en boîte de nuit, que leur propriétaire ne pense pas systématiquement à les cirer… Qu’elles aient l’air un peu vieilles, un peu détruites, mais que malgré tout elles survivent… Et qu’on y tienne ! Pour moi le rock est tout autant une musique qu’une façon de vivre.

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Est-ce qu’on peut considérer ta marque comme « parisienne » ?

Oui, complètement ! Mon père est Italien, de la région de Venise, mais je vis à Paris depuis plus de 20 ans. C’est une ville que j’aime profondément, et à laquelle je suis fier de contribuer à mon petit niveau sur le plan créatif. Les clients étrangers m’apportent un œil extérieur et qualifient effectivement le style de la marque de « parisien », ça me fait très plaisir.

Paris est également pour moi un merveilleux lieu de rencontres : j’y ai noué des amitiés dans le théâtre, la musique…qui m’ont beaucoup apporté. Parfois même, certains artistes portent mes modèles sans que je sois au courant, je ne m’en rends compte qu’après coup…

Ton Instagram affiche une multitude d’inspirations, quelles sont celles de toujours et celles du moment ?

Celles de toujours : les films et les icônes rock des années 60 et 70. La Nouvelle Vague, Jean-Paul Belmondo, Brigitte Bardot, Anna Karina, mais aussi Marianne Faithfull, Mick Jagger, David Bowie…

Celles du moment : ceux que j’ai croisés ou avec lesquels j’ai eu la chance de travailler, Matthieu Chedid, Charlotte Gainsbourg…

Plus généralement, il y a des gens qui n’étaient pas connus il y a 10 ans qui m’ont inspiré dès le départ, d’autres qui le sont devenus et qui m’inspirent toujours, et enfin ceux qui gagnent à être connus.

Tous, quelque soit l’époque, partagent une décontraction chic qui m’inspire beaucoup. Pour moi, la créativité, c’est puiser dans son environnement présent et passé pour le réinterpréter.

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Instagram – @philippezorzetto

Tu as collaboré avec Matthieu Chedid pour sa tournée, comment c’est arrivé et de qui rêves-tu pour la prochaine fois ?

Matthieu était d’abord un client, puis j’ai confectionné des souliers de scène sur-mesure pour lui avec un cahier des charges très strict. Lorsque je lui ai proposé d’adapter ces modèles à un public plus large il y a deux ans, il a tout de suite été partant, très curieux et investi dans le processus de création. Cela s’est fait dans la simplicité et la décontraction, on a beaucoup parlé, parfois de tout sauf de souliers, ça nous a rapprochés.

Pour la prochaine collaboration, je rêvais d’une femme et c’est arrivé ! Inès de la Fressange travaille actuellement avec moi sur une collection dont la sortie est prévue cette année. Tout comme Matthieu Chedid, elle était cliente au départ et m’a mentionné dans sa newsletter, ce qui a provoqué une rencontre : elle est passée à la boutique, a choisi des paires, nous avons pris un café… La suite est arrivée en toute simplicité. Inès représente tout ce qui m’inspire chez une femme, cette beauté élancée, élégante et inspirante. Elle est joyeuse en toutes circonstances, mais aussi hyper connectée, les réseaux sociaux l’amusent beaucoup ! Une collaboratrice idéale en somme…

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Quels sont les projets et l’actualité pour cette année des 10 ans ?

Après le Printemps de l’Homme, l’arrivée au Printemps de la Femme à la rentrée 2018. Il y aura aussi une ligne de sneakers pour le Printemps-Été 2018, qui sortira en février, après deux ans d’un travail acharné ! Jamais de nouveaux modèles ne m’avaient pris autant de temps, mais j’ai voulu à la fois faire un clin d’oeil au R&B (qui est pour moi le nouveau rock and roll) avec son côté énergique et rebelle, mais aussi aux années 90 dont je suis issu et qu’on voit partout, tout ça sans dénaturer ce que les clients aiment dans la marque… Un challenge je l’espère réussi !

 

Et que peut-on te souhaiter pour les 10 prochaines années ?

De continuer mon chemin en restant fidèle à moi-même et aux attentes de mes clients. D’ouvrir une ou plusieurs boutiques à l’international, à New York idéalement… De continuer à défendre une certaine idée du luxe, pas forcément excluante mais exclusive, car fondée d’abord sur la qualité du produit et le partage d’une vision créative avec une communauté qui sait la comprendre et y répondre. Continuer d’apprendre, savoir s’adapter aux évolutions de l’époque : il y a 10 ans qui avait prévu Instagram ? Et surtout continuer à avoir envie d’embrasser les gens que je vois porter mes souliers dans la rue, en France comme à l’étranger, aujourd’hui encore c’est un émerveillement et une joie immenses !

 

Merci à l’hôtel Jules & Jim (@hoteljulesetjim) de nous avoir accueillis pour ce sujet !

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Pauline Delsalle

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