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Parfums Roos & Roos : un air de famille

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Le Prescripteur aime vous faire découvrir des parcours de femmes hors du commun, et encore plus quand il s’agit d’histoires de famille écrites à 4 mains ! La musicienne Nina Lili J (portrait ici, encore merci Nina !) nous a mises sur la piste d’une saga familiale et olfactive, celle de Roos & Roos.

La mère, Chantal Roos, a créé des parfums pour et avec les plus grands créateurs de mode : Yves Saint Laurent (Opium), Issey Miyake (L’Eau d’Issey), Jean Paul Gaultier (Le Mâle)… La fille, Alexandra, a chanté et composé, entre autres pour Julien Clerc. Elles se sont retrouvées en 2010 autour d’un projet commun de parfums, et elles ont eu… du nez (^^) puisque les ventes de parfums dits « de niche » ne cessent de grimper (15% par an contre 3% pour les mastodontes du secteur en 2017).  Rencontre avec deux femmes dont l’alchimie à la fois forte et complexe se reflète avec panache dans leur dialogue comme dans leurs créations.

Chantal, vous avez été à l’origine des plus grands parfums de créateurs des 30 dernières années… Pourquoi avoir décidé de créer votre propre marque ?

Chantal – c’est Alexandra qui va répondre, l’idée est venue d’elle ; je travaillais alors en tant que consultante indépendante pour des marques comme Diane von Fürstenberg et Réminiscence . Je n’aurais jamais pensé créer ma marque ! Et si ce n’avait pas été pour elle et avec elle, je ne l’aurais certainement pas fait.

Je n’aurais jamais pensé créer ma marque ! Et si ce n’avait pas été pour elle et avec elle, je ne l’aurais certainement pas fait.

Alexandra – sans toi non plus je ne me serais pas lancée ! J’ai rejoint ma mère il y a 8 ans, j’ai toujours été indépendante en tant que musicienne et chanteuse, et j’avais envie d’une affaire à moi. Il y avait déjà un engouement pour la parfumerie indépendante à ce moment-là, il devenait possible financièrement de monter une marque sans appartenir à un groupe. Je me parfumais « niche » moi aussi, et l’idée m’est venue de créer notre marque, je l’ai soumise à ma mère qui a été partante tout de suite, et nous voilà !

Chantal – cette marque, c’est à la fois une histoire de famille et de femmes.

Vous avez lancé votre marque familiale en 2014 sous le nom de Dear Rose, pourquoi le changement de nom pour Roos & Roos aujourd’hui ?

Alexandra – nous souhaitons que Roos & Roos devienne une marque globale, compréhensible immédiatement à l’international, et notre premier nom de « Dear Rose » ne s’y prêtait pas vraiment. Il suscitait des attentes qui ne correspondaient pas à nos parfums : le nom suggérait que cette fleur avait une grande place dans nos compositions, alors que ce n’est pas le cas ! Nous ne sommes pas spécialement amoureuses de la rose, et elle n’est pas présente dans tous nos parfums. Cela devenait compliqué de clarifier continuellement notre identité auprès de nos distributeurs. Roos & Roos est un nom plus clair, il véhicule ce que nous avons envie de dire de notre marque de façon directe : une histoire de transmission et de famille.

Chantal – cette année 2018 a été très importante pour nous, il y a eu des changements complexes mais très motivants, notamment l’arrivée d’investisseurs au mois de septembre et la conquête de nouveaux pays. Nous sommes en train d’étendre notre présence de l’Europe (Angleterre, Allemagne, Italie, Suisse) à d’autres continents avec la Russie, Etats-Unis, le Moyen-Orient et l’Australie. Le changement de nom allait de pair avec ces évolutions

 

Quelle est selon vous la force de votre duo mère-fille ? Et la plus grande force de chacune ?

Chantal – sans aucune hésitation, la créativité d’Alexandra, à moi ensuite de la canaliser ! Je dirais également sa générosité, c’est un atout majeur auprès des pays : les points de vente se souviennent d’elle et louent ses qualités humaines, ça donne une valeur ajoutée énorme à ses interventions auprès d’eux.

Alexandra – tu es créative aussi, mais pas de la même façon…

Chantal – oui, toi tu crées ex nihilo, pas moi !

Alexandra – sauf que j’ai tendance à me disperser, c’est une douleur pour moi d’aller au bout d’une mission, d’une présentation… Je passe des heures à me demander si je fais le bon choix. Ma mère, elle prend une décision, et elle va au bout. Peut-être parce qu’elle a débuté professionnellement sans filet, elle s’est lancée d’un coup… Ce qui fait qu’elle a été obligée d’être cadrée. Moi je peux prendre du recul jusqu’à m’envoler…

Chantal – …tandis que j’ai les pieds dans la glaise, un réalisme qui fait que je ne m’embarrasse pas de savoir si la présentation doit avoir 11 ou 12 points ! C’est cette complémentarité air/terre qui fait notre force.

Alexandra – c’est vrai, tes retours « pragmatiques » sur le travail créatif peuvent m’énerver sur le moment, mais ils sont toujours juste à postériori ! Quand tu dis par exemple à propos d’un visuel qu’« on ne voit pas le produit », que « c’est trop décoré »… Résultat je me défoule ensuite sur les photographes ! (rires)

 

Comment se passe le processus de création « à 6 mains » avec le nez Fabrice Pellegrin ?

Chantal – en réalité c’est une création à 2 ! Alexandra et moi écrivons d’abord l’histoire du nouveau parfum : son nom, à quel type d’univers il appartient, qui est la femme qui le porte… Ensuite nous présentons cette histoire à Fabrice Pellegrin pour qu’il la traduise en notes olfactives, une fleur blanche pour une femme fatale par exemple, ou une vanille noire pour une femme sensuelle…

Alexandra – Fabrice nous présente 4 ou 5 pistes à partir de cette histoire…

Chantal – … que nous réduisons à 2, et c’est là où il faut m’arrêter (regard complice vers Alexandra), parce que sinon on ne finira jamais ! L’avantage de ce type de collaboration, c’est que nous laissons à Fabrice une grande liberté de moyens, donc d’ingrédients. Il a un champ d’action équivalent à celui de la Haute Parfumerie, c’est-à-dire presque infini ! C’est le rêve pour un parfumeur, il peut aller très loin, utiliser des matières naturelles rares, et en plus il n’a pas d’autres retours que les nôtres à la fin, il n’y a pas de panels marketing chez Roos & Roos, je n’y crois pas de toute façon…

Alexandra – à côté de ça Fabrice peut créer un succès grand public comme Wanted d’Azzaro, et recevoir deux FIFI Awards (les « Oscars » français du parfum ndlr) la même année (2017), un pour Wanted et un pour notre Mentha Religiosa. C’est ça la liberté !

 

Alexandra et moi écrivons d’abord l’histoire du nouveau parfum : son nom, à quel type d’univers il appartient, qui est la femme qui le porte… Ensuite nous présentons cette histoire à Fabrice Pellegrin pour qu’il la traduise en notes olfactives, une fleur blanche pour une femme fatale par exemple, ou une vanille noire pour une femme sensuelle…

« Sympathy for the Sun »,  « La Favorite » … Vos parfums mêlent des références musicales et artistiques, où puisez-vous vos inspirations pour les nommer ?

Alexandra – un peu partout, dans l’univers de la musique, au cinéma, à partir de nos lectures…Ça m’a effectivement amusée de détourner certains noms de chansons comme Sympathy for The Sun ou In The Wood for Love. Mais parfois l’inspiration initiale n’a rien à voir avec le résultat, comme pour Nymphessence dont le nom partait de la lolita de Nabokov…

Chantal – et finalement Fabrice a travaillé sur une image plus « nature », celle de la jeune fille nue dans les bois au bord d’une rivière qui parle tout de suite à tout le monde. Pour ce floral fruité, l’histoire était évidente, le brief plus compliqué…

Je fais partie d’une génération où si on réussissait, c’était forcément parce qu’on couchait avec le patron !

Vos parfums se veulent une ode à la féminité, quelle est votre vision de la femme des années 2010 et comment a-t-elle évolué depuis celle qui « s’adonnait à Opium d’Yves Saint Laurent » en 1970 ?

Chantal – Yves Saint Laurent aimait les femmes fortes : Loulou de La Falaise, Betty Catroux, Madame Munoz sa directrice d’atelier… Et pourtant il y avait très peu de femmes créatrices sur le devant de la scène. Je fais partie d’une génération où si on réussissait, c’était forcément parce qu’on couchait avec le patron !

Alexandra – à l’époque, les femmes fortes, celles qu’on appelait les « muses » devaient sortir du lot, et avoir une vie intense à tous les niveaux. Je ne crois pas qu’aujourd’hui ce soit nécessaire, il y a plus de femmes qui inspirent mais elles ont moins besoin de se distinguer, d’être extraverties, ça a déjà été fait par leurs aînées !

Nous ne sommes pas des Barbarella qui vont imposer un diktat ou une vision de la femme. Nous pensons nos parfums pour différentes femmes à différents moments de leur vie.

Chantal – en 1979, il a fallu convaincre pour que j’intègre le comité de direction de Charles Of The Ritz (l’actionnaire principal d’Yves Saint Laurent à l’époque ndlr) où j’étais la seule femme, et encore ça a marché parce que c’était des Américians !

Alexandra – la chanteuse Camélia Jordana a dit un truc que je trouve très juste, en substance que ce pays est dirigé uniquement par des hommes, blancs et vieux…

Chantal – Chez Roos & Roos nous crééons en priorité pour les femmes, mais pas que ! Les hommes sont aussi les bienvenus.

Alexandra – nous ne sommes pas des Barbarella qui vont imposer un diktat ou une vision de la femme. Nous pensons nos parfums pour différentes femmes à différents moments de leur vie.

Chantal, quelle vision portez-vous sur l’évolution de l’industrie du parfum depuis vos débuts, et notamment sur l’opposition entre les mastodontes du luxe et la place grandissante de multiples maisons indépendantes comme la vôtre proposant des parfums de niche ?

Chantal – comme je vous l’ai dit je ne crois pas aux panels, et donc aux stéréotypes, qui se généralisent dans la parfumerie dite « de masse ». Ces tranches d’âge marketing, ces « cibles », ça fait rêver tout le monde mais je n’y ai jamais rien compris. Par exemple Opium d’Yves Saint Laurent n’est pas que pour des vieilles, je connais des jeunes femmes qui adorent le porter !

Alexandra – …et j’ai une amie de 70 ans qui porte merveilleusement Anaïs Anaïs de Cacharel, un parfum destiné au départ aux jeunes filles de quinze ans et demi ! Raison de plus de ne pas s’enfermer avec nos parfums, et même si Nymphessence ou Mentha Religiosa sont plus gourmands et répondent peut-être à une tendance du moment, ils ne sont pas forcément « jeunes ».

Donc la parfumerie indépendante a encore de beaux jours devant elle selon vous ?

Chantal – quand j’ai commencé dans les années 90, Serge Lutens existait déjà, avec son unique boutique au Palais-Royal et son Ambre Sultan qui a fait un carton ! Je pense que cette envie d’alternatives en parfumerie ne va pas s’arrêter, en revanche beaucoup de marques se créent dans ce domaine mais très peu survivent à l’épreuve du temps et des lancements.

Alexandra – pour moi, c’est Frédéric Malle qui a révolutionné la parfumerie dite « de niche » en donnant une liberté absolue à différents parfumeurs. Mais je suis d’accord avec ma mère, à la fin, peu de marques indépendantes survivent, et ce sont ceux qui ont su créer un attachement à la marque par-delà leurs fragrances, ils sont devenus une « love brand ».

Alexandra, quels sont les liens de parenté pour vous entre musique et parfum ?

Alexandra – figurez-vous que je m’y suis beaucoup intéressée, parce qu’on m’a pas mal posé la question… Et je n’en ai pas trouvé, même si j’aime les deux ! Peut-être un seul quand-même: le parfum comme la musique sont tous deux transportés par l’air…Mais ça s’arrête là.  Par contre, il y a clairement une appropriation et donc une communauté de vocabulaire entre la musique, le parfum, le vin et la cuisine… Certainement parce que tous font appel aux harmonies.

Il y a clairement une appropriation et donc une communauté de vocabulaire entre la musique, le parfum, le vin et la cuisine… Certainement parce que tous font appel aux harmonies.

 

Face aux lancements qui inondent le marché, quel rythme Roos & Roos a-t-il adopté pour sortir des nouveautés ?

Chantal – on avait un rythme de lancements soutenu au début, afin de créer nos deux collections, cinq parfums pour l’Originale et 7 pour l’Exclusive. Nous avons souhaité bâtir une histoire de marque fournie et solide mais on ne peut pas lancer à l’infini non plus ! Même si nous sommes relativement jeunes sur le marché, nous n’avons pas pour ambition de lancer 40 parfums pour durer !

Alexandra – la question en revanche, c’est comment demeurer visible en point de vente face aux marques qui lancent en permanence…Nous, nous avons uniquement un lancement prévu en 2019 et ensuite peut-être plus rien pendant un temps…

Chantal – …et pourtant nous avons trouvé une façon de rester crédibles tout en faisant régulièrement parler de nos parfums : nous les mettons en avant à des moments opportuns dans des formats inédits, un flacon 10ml de voyage de Sympathy for The Sun l’été par exemple.

 

Quel est votre indispensable produit / rituel beauté ?

Alexandra – je n’ai pas de rituel fixe, à part une passion pour le rouge à lèvres, je dois en avoir 8 dans mon sac ! Et un démaquillage à fond tous les soirs.

Chantal – ma peau de blonde est très réactive, j’ai donc besoin de soins tous les jours. J’utilise les produits d’Hervé Herau, qu’on trouve notamment au Bon Marché. Je ne sors jamais sans mascara, même pour promener mon chien ! J’utilise celui que j’ai créé (un peu sur-mesure quand même) chez Yves Saint Laurent, le Volume Effet Faux Cils. Comme Alexandra, je fais une collection dans mon sac, mais ce sont 4 mascaras ! ET puis je ne sors jamais décoiffée.

Alexandra – alors que je finis souvent dans les toilettes du coiffeur après un brushing, pour me passer de l’eau sur les cheveux, sûrement ma forme de rébellion, mais je ne sais pas comment tu fais…

Chantal – … et moi je ne sais pas comment tu peux mettre des jupes aussi courtes.

Alexandra –… parfois ma mère me fait des remarques en rendez-vous clients, c’est gênant ! (rire partagé).

Pouvez-vous nous commenter le moodboard /album de famille ci-dessous ?

Alexandra – c’est une histoire de mère en fille en femme : de mère en fille et de femme à femme, la transmission est au cœur de notre marque. Ma fille s’appelle Rose, et « Roos » en hollandais veut dire Rose, la boucle est bouclée…Ces photos racontent mon chemin de bébé à mère qui nous lie toutes les deux à mon âge…

Chantal – … que tu ne veux pas dire, tu as raison, je continue à penser qu’une femme ne le dit pas !

Pour en savoir plus sur Roos & Roos https://www.roosandroos.fr

Et pour les suivre, c’est ici : @roosandroos.parfums

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Pauline Delsalle

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