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Rosa Bursztein, « Je suis une grande amoureuse, et je me demande si ce n’est pas une maladie ! »

Rien pour que le titre de son podcast et de son livre (« Les mecs que je veux ken »), on l’aime déjà. Rosa Bursztein est la jeune humoriste française qui a fait craquer notre petit coeur un soir de mars, alors qu’elle jouait son spectacle « Rosa » à la Nouvelle Seine (elle y joue jusque fin avril avant de démarrer sa tournée, foncez). Son thème de prédilection ? L’amour bien sûr. Mais vous l’avez compris, avec Rosa, tout est bien plus… palpitant.

Petite, écrivais-tu déjà des pestacles ?

J’ai écrit ma première petite pièce de théâtre en CM2, je ne me souviens plus de l’histoire mais je suis retombée récemment sur le petit carnet dans lequel je l’avais écrite… En fait, j’ai commencé les cours Simon à l’âge de 8 ans : la prof’ nous faisait bosser sur des textes assez pointus comme ceux de Marivaux… Il y avait une exigences d’écriture et d’interprétation, c’était très romantique, ça m’a bien plu. Très vite, je me suis passionnée pour les pièces de théâtre dont le sujet était les intrigues amoureuses, le théâtre de Musset « On ne badine pas avec l’amour »…

J’adore tous ces chemins qu’on emprunte avant de se dire je t’aime.

Rosa Bursztein

J’ai toujours aimé ces histoires d’amour – qu’on appellerait toxique aujourd’hui ! (rires) – où l’on se déchire alors que l’on s’aime.

Tu dois êtres fan des tragédies grecques…

Oui j’ai adoré la tragédie que j’ai découverte au moment du BAC. Les personnages féminins sont folles, cruelle et super amoureuses. Elles sont dans l’action, elles sont jalouses, et montent plans… Ce qui me déroute toujours, ce sont les personnages de femmes comme Madame Bovary par exemple… Passives, inintéressantes. C’est dur dans le théâtre de trouver des personnages féminin dans l’action. Dans Shakespeare, pas grande chose, un peu chez Victor Hugo… J’ai adoré un épisode du podcast Les Couilles sur la table avec Virginie Despentes, dans lequel l’autrice racontait que c’était dommage qu’il y ait pas de « Kéchichette » ou « Tarantinette » pour mettre en scène leur pulsion destructrice. C’est cool de pouvoir être les méchantes.

Le théâtre a toujours été une évidence pour toi ?

Mon rêve premier, c’était le cinéma. Je m’imaginais Kate Winslet dans Titanic et puis tu as l’épreuve de la réalité ! (rires) J’ai passé des castings pour ado’ et les rôles n’étaient vraiment pas fou. Finalement j’ai toujours voulu faire du cinéma, je me suis passionnée pour le théâtre mais comme je le trouvais très poussiéreux (sauf quelques rares exceptions comme le théâtre d’Alexis Michalik), je me suis tournée vers le stand-up.

Tu dirais que le stand-up était un choix par dépit ?

Non ! La véritable histoire, c’est que j’ai découvert le stand-up grâce à la série américaine Louie : pour moi, Louis C.K. était un tel génie que ce qu’il faisait me paraissait hors de portée. Et puis je suis allée au spectacle d’un humoriste, le public rigolait, je me suis dit que je pouvais essayer… De façon générale, j’essaie de ne pas trop désirer les choses que je souhaites car sinon, ça ne marche jamais ! (rires) Dès que je mets trop de désir sur quelque chose, je n’y arrive pas. Sauf une fois ! Lors des auditions pour Les liaisons dangereuses avec John Malkovich : j’y suis allée avec énormément de désir et ça a rencontré le sien quand même !

Les relations amoureuses prennent beaucoup de place dans ton spectacle. Tu confirmes ?

Oui, j’ai tout le temps envie d’en parler ! Je suis une grand amoureuse et me demande parfois si ce n’est pas une maladie ! Je tombe amoureuse de façon immédiate. Si je trouve un mec sympa, avec une petite faille, c’est parti ! Les émotions, la joie, les papillons, c’est ça qui me passionne !

Quand j’ai rouvert mes journaux intimes, j’ai découvert que j’étais devenue très tôt une amoureuse dramatique.

Rosa Bursztein

En maternelle, il y a eu Thomas. En primaire, chaque année j’avais un nouvel amoureux qui devenait mon obsession. A la récréation, je me mettais sur le côté car j’étais un peu boule et j’avais peu d’amis, et j’observais… J’étais très amoureuse au collège aussi : ça m’occupait et ça donnait du sens à ma vie ! Et je rencontrais pas mal de copines que ça passionnait aussi !

Je ne comprends pas les gens qui n’aiment pas les romans d’amour. Je trouve que dans une vie, il n’y a pas beaucoup de sujets plus intéressants !

Rosa Bursztein

Et c’est étonnant car les hommes ont l’air de tomber moins facilement amoureux. Le patriarcat probablement ! J’observe beaucoup de formatage à ne pas parler d’amour. Les hommes sont souvent dans une résistance à ça : c’est les potes, la bande et surtout et on s’ouvre pas à l’amour.

Rosa Bursztein – Crédit photo : Solenne Jakovsky pour Le Prescripteur

Dans ton spectacle, quel est pour toi le moment le plus drôle ?

Quand je décris ma chatte ! (rires) C’est un moment très border, et en même temps ce passage fait rire.

L’impro’ a une place importante dans ton spectacle, et tu postes sur tes réseaux ces moments de free style. C’est essentiel à la scène pour toi ?

J’ai appris à aimer l’impro’, c’est très rafraichissant ! Le spectacle, tu le joues toutes les semaines et je trouve cool d’avoir une analyse sociologique du public via mon petit passage d’impro’ où je m’adresse à une personne dans la salle, prise au hasard. Je me souviens de ce que m’a dit Guillaume Meurice dans mon podcast « Les mecs que je veus ken » : « les gens ne sont pas venus nous voir jouer, ils sont venus pour jouer avec nous », et je trouve que c’est tellement vrai !

Le stand up, c’est la parole à la première personne mais à la différence du théâtre, il n’y a pas de 4ème mur.

Rosa Bursztein

J’aime ces moments de langages contemporains, ultra quotidien : ce sont toujours des prises de risque ! Et puis cet instant précis du spectacle devient un peu le moment où je cherche l’amour dans le public. Ça m’est d’ailleurs déjà arrivé de sortir avec un mec qui était venu me voir en plateau.

Est-ce que tu penses que tu vas rencontrer l’amour dans le public ?

Je ne suis pas fermée à l’idée de rencontrer l’homme de ma vie dans le public.

Rosa Bursztein

La dernière fois, il y avait un mathématicien… Intérieurement je me suis dit pourquoi pas ! Et puis comment je pourrais rencontrer autrement ce genre de mecs ? Je vais pas me pointer à la sortie du collège de France ! (rires)

Tu as aussi ton propre podcast « Les mecs que je veux ken ». Quel genre de mecs accepte ton invitation ?

Ceux qui n’ont pas peur d’aller vers une discussion de l’intime. Haroun par exemple ne veut pas venir car il ne veut pas parler de sa vie personnelle, il a peur que je le coince ! (rires)

Dans le titre de mon podcast, il y a l’idée d’une reprise de pouvoir de la femme qui fait de l’homme l’objet de son désir. C’est inverser ce qu’il se passe habituellement dans notre société patriarcale, on est dans le fantasme où c’est nous, les femmes, qui dragons.

Rosa Bursztein

C’est très libérateur pour moi ! (rires) Les mecs qui acceptent mon invitation consentent à se laisser prendre au jeu. C’est un peu comme un date !

Dans ce podcast, tu commences par un poème d’amour adressé à ton invité et il est question de l’intime. C’est ta façon de démarrer ton date ?

En France, contrairement aux Etats-Unis, on dévoile moins sa fragilité. C’est pour ça que j’ai voulu créer ce podcast : pour parler de sa part d’ombre. Et oui, je commence par un poème car ce qui est pratique avec les mecs, c’est que lorsque tu les flattes, ils se dévoilent ! (rires)

Tu as aussi sorti un livre du même nom ! Qu’est-ce que tu y racontes ?

Je suis partie des thèmes du podcast : l’amour, la sexualité et la carrière. Et ce qui m’intéressait, c’est la pensée divagante à l’écrit : c’est ma faculté de déconcentration qui présente l’histoire des mecs que j’ai ken, et pas ceux que je veux ken. C’est l’expérience, parfois traumatisante, des expérience amoureuses que je raconte dans mon spectacle.

Podcast, livre, scène… Tu es une artiste touche-à-tout !

J’adore ! Ça permet de ne pas s’ennuyer et tout se nourrit bien. Le stand up m’a donné l’écriture, le podcast m’a permis de m’ouvrir aux autres. Le livre permet un bonheur plus diffus, plus long. Quand j’ai bossé avec John Malkovich, j’ai rencontré un metteur en scène, mais il est aussi comédien, il crée ses vêtements… Bref, c’est un artiste total !

Créer un podcast, écrire un livre, c’est aussi un moyen de rester en contact avec mes spectateurs, garder une relation.

Rosa Bursztein

Est-ce que tu penses qu’il n’y a pas de mauvais public, mais que des mauvaises vannes ?

Il y a des mauvaises vannes, c’est certain ! Il faut toujours questionner la réception d’une vanne ! C’est un boulot d’équilibriste passionnant. Quand tu amènes une blague qui peut être clivante, tu dois t’assurer de tout calibrer pour qu’on sente le décalage humoristique.

Les gens qui disent qu’on ne peut plus rien dire, je ne suis pas d’accord ! On peut rire de tout. En revanche, est-ce qu’on a encore besoin d’une énième blague sur les grosses de la part de mecs, ou de gros clichés racistes, sexistes… ? Je ne suis pas sûre.

Rosa Bursztein

Il peut y avoir des publics plus surpris, moins habitué au stand up. A Paris, je suis dans mes petits chaussons, mais pendant ma tournée, il faut que la rencontre ait lieu avec d’autres publics. C’est challengeant !

Tu as des projets pour la suite, à part la tournée ?

Je réfléchis à une adaptation cinéma de mon livre… Pour revenir peut-être un peu au cinéma, mais rien n’est fait encore 😉

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Rosa Bursztein – Crédit photo : Solenne Jakovsky pour Le Prescripteur
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