T

The Avener : la tête dans le ciel, les mains sur terre

Coucou c’est nous !


Le Prescripteur, c’est le magazine féminin créé par Prescription Lab pour vous parler beauté sans niaiserie, mode sans complexe et vous présenter des femmes et des hommes sans limite !

S’abonner au Prescripteur papier


Recevez chaque mois dans votre boîte aux lettres Le Prescripteur glissé dans la box beauté Prescription Lab !

The Avener s’est fait un nom en France et ailleurs avec le titre « Fade Out Lines » issu de son premier album « The Wanderings of the Avener » (triple disque de platine en 2015, rien que ça !). Ce qu’on sait moins, c’est que derrière ses morceaux joyeux et catchy se cache un artiste multifacettes et engagé.

Tristan Casara de son vrai nom est à la fois compositeur, DJ et producteur ; il navigue avec habileté entre ombres et lumière, entre collaborations underground et grosses cylindrées calibrées en tubes de l’été (« Lust for Life » avec Lana del Rey, un titre sur la B.O de « 50 nuances plus sombres »…).

Quand on le rencontre, on comprend qu’il a envie d’aller plus loin et de défendre ses convictions, en musique comme ailleurs. Bob Dylan ne s’y est pas trompé, puisqu’il lui a demandé de retravailler l’un de ses morceaux emblématiques (et pas le plus simple au vu du contexte) « Masters of War ».

A l’occasion de la sortie de son deuxième album intitulé « Heaven », pleins feux sur The Avener, un électro libre 100% Frenchie qui gagne à être (encore plus) connu.

Je vis effectivement au paradis aujourd’hui, et j’ai voulu partager la beauté de cet état et le résultat de ces accomplissements sur cet album

Tu as baptisé ce deuxième album « Heaven », est-ce que tu souhaites y signer une forme d’accomplissement ?

C’est exactement ça ! C’est un kif de faire ce que je fais, et en 5 ans il s’est passé des choses extraordinaires. Je suis reconnaissant de cette trajectoire, d’être arrivé là où j’en suis aujourd’hui.

Ces accomplissements m’ont aidé à me construire mon petit paradis sur pas mal de plans : personnellement, j’ai pris confiance en moi, même si ce n’est pas encore toujours ça (rire) ! Ensuite, j’ai gagné un confort de vie incomparable, je n’ai plus de soucis financiers quotidiens, et surtout j’ai pu m’acheter le matériel dont je rêvais !

Tout cela fait que je vis effectivement au paradis aujourd’hui, et j’ai voulu partager la beauté de cet état et le résultat de ces accomplissements sur cet album, d’où le titre.

Ce nouvel opus a mis 5 ans à émerger, et a nécessité pas mal d’allers-retours géographiques et musicaux, peux-tu nous parler de sa conception ?

Grâce au succès du premier album, j’ai passé 2 grosses années sur une tournée qui m’a fait voyager à travers le monde, de l’Europe aux US en passant par l’Australie. Même si j’étais comblé par mes découvertes et mes visites, et surtout par le fait de jouer devant des gens 3 à 4 fois par semaine, tout ça peut devenir assez énergivore, et surtout, il faut prendre le temps de réaliser que tu touches ton rêve du doigt et que tu es en train de le vivre ; un peu comme le jour de ton mariage, il faut digérer l’info, réaliser que ça y’est, c’est le jour J !

 

J’avais envie de faire de la musique à mon rythme, avec une plus grande liberté. J’ai changé de cap et suis reparti repérer des talents émergents et donc plus disponibles, avec lesquels ça a été très fluide et simple de travailler

Donc tu as pris un peu de recul et de vacances ?

Exactement, j’ai pris 3 mois de repos à la fin de la tournée, une sorte de détox musicale et humaine, pour me retrouver et savoir ce dont j’avais vraiment envie. A mon retour de vacances je me suis remis tranquillement au piano à la maison, et tout est revenu assez facilement, avec une trentaine d’instrus.

Ensuite, je suis parti à la chasse aux artistes, notamment à Los Angeles, et là ça ca été une autre histoire ! Ma première idée était d’utiliser mes rencontres et mes expériences du premier album pour travailler avec des grands noms sur le deuxième. Autant la prise de rendez-vous était facile (peut-être du fait de ton nombre d’écoutes les portes s’ouvrent plus facilement…) et l’accueil sympa ; autant quand il s’agit de se mettre au travail avec des pointures ça devient tout de suite très compliqué du fait des emplois du temps plus que chargés. Donc je suis vite passé à autre chose, car j’avais envie de faire de la musique à mon rythme, avec une plus grande liberté. J’ai changé de cap et suis reparti repérer des talents émergents et donc plus disponibles, avec lesquels ça a été très fluide et simple de travailler, je suis super content du résultat !

Pour moi, la musique devrait être à la fois un divertissement et une transe, elle devrait t’extraire d’un quotidien où on te dit partout que tout est foutu,

Tu as dit vouloir livrer avec « Heaven » « un album qui rend heureux, qui transmet de la force, à contre-courant de ce qu’on entend aujourd’hui dans la musique. » Est-ce que tu trouves que la musique contemporaine a des tendances à la déprime ?

Pendant que je bossais sur l’album, je n’ai pas trop écouté ce qui se faisait à l’extérieur pour rester concentré sur mon travail. Je m’y suis remis en septembre 2019, car en tant que DJ j’aime de toute façon prêter l’oreille à tout ce qui passe… Et là, j’ai eu un choc en découvrant les artistes et les morceaux qui cartonnaient dans le top 10, en musique urbaine notamment, un genre qui représente 80% des propositions d’écoute en streaming sur les plateformes… J’avais l’impression d’entendre des journalistes qui rappaient… Pour moi, la musique devrait être à la fois un divertissement et une transe, elle devrait t’extraire d’un quotidien où on te dit partout que tout est foutu, surtout quand ce sont des ados, par définition hypersensibles, qui écoutent. Ils doivent avoir le frisson, pas faire une dépression. Le rap des années 90 que j’écoutais, comme NTM et I.A.M, pouvait être sombre, mais il réussissait toujours à planter une lueur d’espoir quelque part. Là, dans les auto-tunes poussés à fond, je n’entends ni transe, ni espoir, et ça m’inquiète pour la suite…

On ne peut pas continuer comme ça, avec une musique linéaire et formatée qui ne conduit plus à la transe par le divertissement, à une vision différente du monde

Donc je suppose que dans le même esprit, tu n’es pas fan des algorithmes de streaming…

Il y a deux formes de streaming, l’un voulu et l’autre orienté. Le premier est génial, il te donne accès à ce que tu veux écouter où que tu sois. Mais l’algorithme du second, qui va te sortir des propositions similaires à écouter ensuite, crée un formatage qui fait que tous les morceaux finissent par se ressembler pour pouvoir y correspondre. Je dirais même que certains morceaux ne seraient pas écoutés des millions de fois si on avait tout le temps le choix… On ne peut pas continuer comme ça, avec une musique linéaire et formatée qui ne conduit plus à la transe par le divertissement, à une vision différente du monde. J’attends et j’espère que ça va changer, et je suis convaincu qu’il y a des artistes qui sont capables de faire bouger les choses.

En parlant de jeunes artistes, tu as mis en avant des talents émergents très différents sur Heaven, peux-tu nous en présenter quelques-uns ?

Comme sur le premier album (avec notamment Phoebe Killdeer sur « Fade Out Lines »), j’ai beaucoup aimé jouer ce rôle d’incubateur de talents. Ils sont pour la plupart venus à la maison à Nice quelques jours pour travailler ; les échanges étaient à la fois très riches et très simples, j’ai rencontré des belles personnalités.

Josef Salvat sur « Time » ?

Je l’ai découvert en écoutant  son titre « Open Season », qui avait un truc très pop et très intègre que j’ai complètement retrouvé quand je l’ai rencontré : il est très humble et simple d’abord, et en même temps il a beaucoup de choses à dire et un parti-pris underground qui me parle. Et quand il s’est mis à chanter… J’ai dû couper sa voix dans les enceintes pour pouvoir travailler tellement j’avais le frisson ! Il est à la fois très impressionnant et bienveillant. Je recommande son nouveau morceau « Modern Anxiety » qui parle des réseaux sociaux de manière décalée, j’espère qu’il va connaître un beau succès !

Tiwayo sur « Wild »?

Mon label m’a fait des propositions pour créer des synergies sur l’album, et sur les dizaines d’artistes que j’ai écoutés je n’ai retenu que lui ! Son timbre de voix est spatial, avec des touches reggae, rock et blues un peu à la The Weeknd. Je suis très heureux d’avoir retravaillé son morceau « Wild » avec des tonalités 70s et 80s un peu funk que j’aime beaucoup.

Sedric Perry sur “Hands Down”?

Je suis fan de Thomas Azier, pour moi c’est le Bowie hollandais ! J’avais très envie qu’il chante sur cet album, mais il a accepté seulement d’écrire cette chanson, c’était déjà énorme ! Et c’est lui qui m’a conseillé Sedric Perry pour l’interpréter, un super talent qui collait évidemment bien au morceau. Mais je ne désespère pas d’avoir Thomas Azier pour une réédition…

 Et Ida Sax sur « Dancing » ?

Je l’ai rencontrée à Londres via des contacts que j’avais noués grâce au premier album. Elle m’a fait écouter un piano-voix sur lequel elle n’arrivait pas à mettre une direction, et ça m’a tout de suite parlé. On l’a retravaillé 2-3 jours à la maison ensuite, et ça a donné « Dancing », à la fois catchy et aérien, l’un de mes morceaux préférés de l’album !

J’aime suivre le public, m’y adapter, et pour ça il faut surfer sur des sinusoïdales d’émotions ; ça monte et ça descend, il n’y a pas de linéarité, et si tu travailles avec ça, les gens auront envie de rester longtemps à t’écouter…

« Heaven » est effectivement un super booster d’énergies, même sur ses morceaux les plus mélancoliques. Est-ce qu’en tant que DJ tu as toujours en tête cette préoccupation d’emmener les gens vers un meilleur état d’esprit, même si les paroles ou la mélodie ne s’y prêtent pas à première vue ?

Plutôt vers un autre état d’esprit, pas forcément meilleur… J’aime suivre le public, m’y adapter, et pour ça il faut surfer sur des sinusoïdales d’émotions ; ça monte et ça descend, il n’y a pas de linéarité, et si tu travailles avec ça, les gens auront envie de rester longtemps à t’écouter…

Cet été par exemple, j’aimais commencer mes sets avec « Masters of War » et les images difficiles du clip, pour faire passer un message : pendant qu’on est en train de se divertir, de danser au soleil, d’autres meurent de faim ou sous les bombes, ayons d’abord une pensée pour eux et pour le reste du monde. Et ensuite j’enchaînais sur des morceaux plus joyeux.

Justement tu as pu toucher au monumental « Masters of War » de Bob Dylan, comment s’est passée la collaboration ?

D’abord je tiens à redire mon immense respect et mon admiration pour Bob Dylan, un artiste qui a toujours eu le courage de ses convictions, et les a portées de manière internationale tout au long de sa carrière. Je n’ai pas de mots pour dire ce que ça m’a fait quand un matin, on m’a appris qu’il avait écouté mon album et qu’il voulait me proposer des morceaux à retravailler !

Il m’en a envoyé 3 sur lesquels il m’a donné carte blanche, et j’ai choisi « Masters of War », celui qui me parlait le plus.

Comment as-tu réussi ce retravail tout en respectant l’original ?

Au début du morceau j’ai gardé une marche militaire qui colle au contexte  d’écriture (en 1963 en pleine guerre du Viêt-Nam ndlr) ; j’ai aussi réduit le texte de 7 à 3 couplets pour cadrer avec un morceau électro ; ensuite, il y a ce gimmick de guitare électrique qui porte pour moi une sorte de joie triste : ça te fait du bien mais ça donne quand même à réfléchir. Je suis très content que ça se soit fait si simplement, et que Bob Dylan ait aimé le résultat : il y a eu très peu d’aller-retours de validation.

Ma première fois en boîte, c’était aux platines, et avec une autorisation parentale

Tu fais de la musique depuis ton enfance, mais ta formation est au départ plus piano et jazz, comment en es-tu venu à la deep house ?

J’ai découvert la deep house à 15 ans, au moment d’un ras-le-bol académique durant lequel je jouais et j’écoutais en permanence du classique (il étudiait le piano depuis l’âge de 5 ans au conservatoire de Nice ndlr) : un jour je suis tombé sur une vidéo de Carl Cox en set au Space à Ibiza, où il arrive avec ses vinyles et crée ce truc magique… Je suis devenu accro tout de suite, et j’ai téléchargé des dizaines de vidéos de DJs sur Napster pendant que mes potes montaient des groupes de rock… Eux ont demandé un scooter pour leur entrée au lycée, moi c’était des platines ; ma mère a accepté de me les offrir parce que ce n’était pas dangereux, et pourtant c’était aussi cher…

C’est comme ça que je suis passé de Bach au scratch, en bidouillant les mêmes 5 ou 6 vinyles pendant 6 mois, tout en commençant la MAO (musique assistée par ordinateur) en parallèle. Quelques mois plus tard, à 16 ans et demi, j’ai eu le courage de frapper à la porte d’un établissement de nuit, qui a accepté que je joue des premières parties le week-end : ma première fois en boîte, c’était aux platines, et avec une autorisation parentale (rire) ! Mes 60€ de cachet partaient directement dans 70€ d’achat de vinyles à la Fnac le lendemain… Ensuite il y a eu le club d’en face, l’Iguane Café tenu par des mafieux bordelais à la retraite, où je jouais de minuit à 5h, tout en travaillant mes morceaux sur ordinateur et en lâchant progressivement le lycée (le CNED et moi ça n’a pas marché).

Et enfin l’incontournable High Club à Nice, où en tant que résident j’ai reçu des DJs internationaux qui m’ont beaucoup appris, notamment l’anglais ! (rire), et à qui je servais de guide touristique de la région en dehors des sets, une période magique.

Suivie d’une première déception à Paris ?

Oui, j’ai fini par monter à Paris et y rester deux ans sans succès, la ville ne voulait pas de moi à ce moment-là… Je suis revenu à Nice, et j’ai mis tout ce que j’avais dans une dernière tentative qui a donné « The Wanderings of The Avener », en me disant que si ça ne marchait pas, j’arrêterais là… Et me voilà!

Tu entames une tournée qui va notamment passer par l’Accor Hotel Arena. Comment abordes-tu ce nouveau challenge, et notamment dans l’équilibre sur scène entre le musicien et le DJ ?

Justement nous sommes en train d’y réfléchir avec l’équipe, et j’aimerais arriver à faire un concert en 2 parties, la première comme un « live band » avec des musiciens, où je pourrais faire venir le maximum d’artistes qui ont collaboré sur les deux albums que j’accompagnerais au clavier… Pour enchaîner sur une deuxième partie deep house en forme de fête géante où je serais aux platines … Rendez-vous en fin d’année pour voir à quoi on sera arrivés !

Album « Heaven » disponible en vinyle, CD, et sur toutes les plateformes à partir du 24 janvier!

 

Pour en savoir plus sur The Avener

Instagram // @theavenermusic

You Tube // youtube.com/channel

En tournée à partir d’avril 2020

Et l’Accor Hotel Arena le 14 novembre 2020

Photos : Solenne Jakovsky pour Le Prescripteur

 

 

Pauline Delsalle

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

avatar
300
  Subscribe  
Me notifier des