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Tristan Lopin : son nouveau spectacle « Irréprochable » est une bombe

Tristan Lopin démarre sa tournée avec son nouveau spectacle à la fois bouleversant – il confie avoir été violé enfant dès les premières minutes sur scène – , et drôle – il nous autorise à en rire et à envisager l’après autrement ! Rencontre avec un humoriste engagé qui parvient à nous faire rien de tout, et surtout, nous invite à prendre soin des autres. Un doux message de fin d’année…

D’où viens-tu Tristan Lopin ?

Je viens de la région parisienne. J’ai fait une école de cinéma car je souhaitais à l’origine devenir réalisateur ! J’ai fait ma 4ème année à New York et j’ai bossé en tant que costumier là-bas. J’ai ensuite bossé sur plusieurs films, toujours en tant que costumier, notamment sur « Les Hommes libres » avec Tahar Rahim. Par la suite, j’ai commencé à bosser chez Ralph Lauren en tant que vendeur pour avoir un peu de tune ! Le déclic s’est produit alors que je travaillais en parallèle sur un court métrage avec Bérengère Krief qui s’appelle « Chômage affectif ». Bérengère a vu les textes que j’écrivais : c’est elle qui m’a demandé pourquoi je ne montais pas sur scène.

Faire du one man show était une passion secrète ?

Pas vraiment ! Je n’y avais pas pensé avant ! J’avais envie d’être derrière la caméra, pas devant !

Mais j’ai réfléchi à tout ça… Je me suis inscrit à l’école du one man show. Un jour, j’ai joué un de mes textes sur scène et Yoann Chabaud était dans le public : il m’a dit qu’il était chaud pour devenir mon metteur en scène, je travaille toujours avec lui depuis ! Faire du one man show n’était initialement pas mon projet et puis finalement c’est assez cohérent. Je suis très control freak, faire du one man show me permet de contrôler absolument tout ce que je mets en scène, et si ça marche pas, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même !

Ta notoriété a décollé grâce à tes vidéos courtes sur les réseaux sociaux. Tu te souviens du déclencheur ?

Le buzz est vraiment venu avec ma vidéo sur La manif’ pour tous. J’ai eu un article dans l’Obs et ça a donné un coup d’accélérateur à mon travail en le rendant très visible. C’est drôle car à ce moment-là, j’étais vendeur chez Céline !

Tes petits jobs concernaient pas mal le monde du luxe. Ça te plaisait ?

C’était horrible. Que des clients blindés, et surtout blindés de privilèges, qui en plus ont l’impression de payer de plus en plus d’impôts. Y’a des gens qui vivent dans un monde parallèle… Un jour, un producteur est venu me voir et m’a proposé de monter un spectacle. J’ai dit CIAO BY à Céline ! (rires)

Dans tes vidéos, tu te moques beaucoup des influenceurs qui racontent… des conneries sur les réseaux. Pourquoi eux ?

C’est venu il y a 1 an et demi. Je regarde parfois des comptes de téléréalité… C’est tellement CON et surtout, ils sont tellement suivis, que ça doit forcément parler à un certain nombre de personnes !! J’avais envie de les afficher, je les trouve tellement idiots !!

L’un de tes derniers buzz concerne justement une vidéo d’une influenceuse qui parle de sa chirurgie vaginale pour « avoir un vagin d’une gamine de 12 ans ». Pourquoi avoir choisi de réagir ?

Ecoute, pour te raconter toute l’histoire : j’allais au mariage de ma cousine à AIX. J’étais dans le train. Une nana sur Insta m’envoie cette vidéo car j’ai une communauté maintenant qui partage aussi des pépite qu’elles peuvent trouver… Je la regarde pas dans le train, car j’ai pas de réseau bien sûr, mais je la regarde dans le bus. Et là, je suis affligé. Elle ne sait même pas où est le vagin… Et elle dit cette phrase malaisante « on dirait que mon vagin a 12 ans ». J’arrive à l’hôtel, je préviens ma famille que je m’isole juste une heure pour bosser et sortit une vidéo sur le sujet. Je voulais la faire tout de suite, à chaud. Ce qui me prend habituellement 1h, m’a pris 15 minutes, car finalement, tout ce qui est drôle, c’est ce qu’elle dit ! Je ne fais que réagir, incrédule, à la bêtise de ses paroles !  

L’influenceuse en question a clairement été affichée après le buzz de ta vidéo. Tu ne t’es pas senti mal ?

Je me suis dit merde pour elle, car c’est jamais agréable ce genre de moment. Mais ma vidéo n’est pas agressive envers elle, même si je me moque d’elle.

Evidemment que c’est une victime du patriarcat, mais cette nana a 3 millions de followers, elle a une responsabilité. Elle ne peut pas raconter n’importe quoi.

Tristan Lopin

L’écologie est aussi un sujet que tu abordes souvent dans tes sketchs…

C’est un sujet d’actualité qui me touche et il est tellement source de de paradoxes chez les gens, que je trouve cela intéressant ! On a à la fois envie de faire bouger les choses et en même temps, on est désespéré d’entendre que du tourisme pour milliardaires se développe dans l’espace et en Antarctique. Nan mais, on n’a plus qu’à se flinguer maintenant !

Ton dernier spectacle, « Irréprochable » a été écrit pendant le confinement, et c’est pour cela que tu dis qu’il est chargé. Chargé en quoi ?

Ma relation avec un mec fumeur de pétard m’a mise super mal. Entre octobre et janvier, j’ai n’ai fait que pleurer. Ca a réveillé plein de choses chez moi, et puis finalement, j’ai commencé à aller mieux et BIM ! Confinement. J’étais dans le bad, mais moins dans le bad que les mois d’avant. Alors j’ai fait comme beaucoup de gens, j’avais du temps et rien à faire, j’ai maté des films à fond… Et j’ai commencé à écrire, comme le premier spectacle, comme ça, en notant plein d’émotions, d’angoisses… Un jour, mon producteur m’appelle et me dit qu’on va terminer le premier spectacle et que ce serait bien d’en lancer un deuxième ! Je lui ai dit que j’écrivais quelque chose, mais que ça n’a rien à voir avec le premier…

Je spoile un peu ton spectacle, mais tu le démarres en confiant ta « première fois » qui s’avère avoir été un viol…

Je ne me voyais pas l’aborder à un autre moment qu’au début du spectacle. Et puis je retrace ma vie et finalement, je la raconte dans l’ordre. A 13 ans, ton corps évolue, il y a la puberté, c’est un moment où tu conscientises plein de choses. L’écriture avait été intense. Ca m’a replongé dans des souvenirs, des sensations… Comment en rire ? comment autoriser le public à le faire ? C’est en revenant à des choses très pragmatiques : je n’avais pas envie de quelque chose de larmoyant, je l’ai pris comme si c’était un sujet qui n’était pas le mien, et en même temps, j’en parle car il m’appartient.

Quand on parle de viol, il y a une empathie et une curiosité malsaine. « Comment ça s’est passé ? » et « Comment ça se fait que ça se soit passé ? »

Tu poses la question du consentement en expliquant « Je ne lui ai pas dit non ». Pourquoi revenir sur cette dimensions ?

Dans la tête des gens, il y a toujours ce truc-là : quand on parle de viol, il y a une empathie et une curiosité malsaine. « Comment ça s’est passé ? » et « Comment ça se fait que ça se soit passé ? » C’est du voyeurisme ! Je voulais aborder en pointillé cette question du consentement et de la réalité du viol : c’est être là et ne pas être là, c’est abandonner ton corps à quelqu’un, car tu n’as pas le choix, pas la force de t’échapper.

Tu racontes que la justice a rendu son verdict et que tu as reçu 5000€. T’es-tu senti bien entouré ?

Oui, j’ai été bien entouré. Mais c’est vrai que sur le coup, tu te dis : justice a été faite. Mais c’est lunaire. 5000€  et 2 ans avec sursis ! Tu as vraiment ce truc de : « C’est ça que je vaux ? Une passe de luxe ? ». Même si évidemment, ce qui est important, c’est la notion de reconnaissance de statut de victime. Porter plainte et aller au bout d’une démarche en justice, c’est un parcours du combattant.

Dans ton spectacle, tu abordes aussi de façon joyeuse et drôle tes déboires amoureux, ta vie intime…

C’est exacerbé et arrangé pour que ce soit plus drôle ! (rires) Ce sont des parties infimes de ma vie perso, mais tellement révélatrices de qui je suis ! Vouloir s’occuper des autres, syndrome de l’imposteur, l’anxiété… Tout découle de cette agression. En 2019 et 2020, tellement de choses était catalyseur de ça ! Pendant longtemps, j’ai voulu faire du cinéma, et raconter des histoires tristes. Je trouvais que les gens s’écoutent pas et ne s’intéressent pas assez aux autres ! Mon spectacle est un moyen de dire « Faites attention à vous et aux autres ». Il y a des vies plus compliquées que les nôtres. Voir des choses qui nous concernent pas mais qui existent, c’est apprendre à prendre du recul.

Tu avais un p’tit look bien sympa pour ta représentation à la Cigale. D’Où venaient tes fringues ?

Un vieux jean un peu court, des chaussettes à paillettes argentée avec des chaussures Agnès B. Et un t-shirt blanc avec par-dessus, une surchemise Patine !

Tristan Lopin est en tournée dans toute la France, réservez vos billets !

Il reste des places les 29 et 30 décembre 2021 à Paris. Et Tristan Lopin démarre une grande tournée sur 2022 ! (pour les cadeaux de Noël last minut, c’est parfait)

Crédit photo – Thomas Braut

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