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Un jour viendra – Chapitre 1

Coucou c’est nous !


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En août, ça va chauffer sur Le Prescripteur… Découvrez chaque samedi sur le blog, un nouveau chapitre de votre nouvelle érotique de l’été à lire secrètement sous la couette ou au bord de la piscine sous le parasol ! Embarquez avec Clementine et ses histoires tumultueuses dans Un Jour Viendra de Fabien Muller. Une collaboration avec les éditions Ma Next Romance, littérature pour adulte.

Semaine 1 – Clem’

Je regarde mon téléphone portable. 17h20.

Je sais que je suis légèrement en retard mais je n’en ai cure. Je le suis depuis que j’ai l’âge d’avoir un poignet suffisamment large pour porter une montre. Il est trop tard désormais, je ne saurais corriger ce qui est devenu un trait de personnalité. Politesse parisienne pour certains, contrainte inadmissible pour d’autres, je n’ai jamais eu pour ambition de m’adapter, je laisse ça au commun des mortels.

17h22. Zut. J’accélère un peu le mouvement de mes jambes, augmentant l’oscillation subtile du haut de mon corps.

Je ne dirais pas que je suis totalement à l’aise dans ma veste en cuir cintrée qui me marque cependant joliment la taille. On ne peut pas tout avoir. Je suis plus satisfaite de ma jupe légère à franges. Quant à ma paire de bottes haute avec des talons droits de sept centimètres, que dire ? J’ai mal aux pieds.

Qu’est-ce que je suis venue faire là à chercher le bar de cet hôtel « rouge » dans ce quartier dont je n’ai qu’une connaissance lacunaire – pour ne pas dire inexistante ?

Il faut dire que mon cœur balance depuis toujours entre une vie aussi bien rangée que mon bureau – un mari businessman solide et aux épaules en acier trempé, des enfants blonds qui ramènent des 18 en maths, un chien à collier fantaisie dans la niche – et une existence aventureuse, faite de surprises et d’absence de plan à long terme. Coincée entre mon éducation et des envies plus profondes.

Et depuis que mon mec – dont j’essaye d’oublier le nom, Franck… – m’a quittée, sans explication, j’explore. 

Franck. Après cinq ans de bons et loyaux services, de hauts, de bas, mais surtout de projets à long-terme dans lesquels je me projetais, commençant même à croire qu’un bonheur classique m’était accessible, il n’a laissé qu’un petit mot sur l’étagère, du vide dans les placards et un gouffre de questions. Il est clair que j’ai dû rater un épisode quelque part, alors il est temps d’essayer de mieux comprendre la nature humaine et ses différentes facettes.

Aujourd’hui, j’ai donc définitivement basculé du côté « aventure » de la barrière, venue à la rencontre d’un homme que je ne connais pas – physiquement parlant. 

J’ai rencontré M. – c’est ainsi qu’il se fait appeler – sur les réseaux sociaux. Je l’ai laissé s’approcher, moi qui suis de nature méfiante à la base. Il faut dire qu’il s’agit d’un homme virtuel pour le moment, mais intelligent et plein d’humour. Il est journaliste – en tout cas c’est ce qu’il prétend. Nos échanges ont été empreints de finesse et de drôlerie, sur un mode plutôt bon enfant. Puis ces échanges ont commencé à glisser dans le jeu de la séduction : les mots flatteurs se sont mis à fuser, les compliments, ceux que l’on aime recevoir et qui font rougir – un peu tout de même – ont pris le relais. Les interactions se sont intensifiées, ritualisées. Si je fais un peu d’introspection et preuve d’honnêteté, je dois avouer que, ces derniers jours, j’étais dans l’attente d’un message de M., que mes journées étaient jalonnées de ces messages légers et tendres comme un paquet de Chamallow.  De méfiante – mon expérience personnelle m’a appris que l’intérêt des hommes envers une femme est une chose très éphémère –, je suis devenue sensiblement accro. Cet homme, par ses mots qui me touchaient, a su au fur et à mesure, faire tomber les barrières et j’ai commencé à mon tour à me laisser aller à cette relation épistolaire, à me piquer au jeu. Petit à petit, les communications sont devenues intimes. Était évoqué avec pudeur le désir d’une caresse, d’un baiser, de regards doux… Puis nos échanges sont devenus explicites, la caresse devenait exploration et mon corps un territoire à découvrir. 

Le temps de la rencontre était venu.

 

Je jette un coup d’œil circulaire, perdue. Je regarde de nouveau mon téléphone. 30 minutes. Mince, même moi, je trouve ça un peu gênant. J’entreprends d’envoyer un SMS à M.

 

Je viens de sortir de la station, c’est où ?

 

Il me répond immédiatement et un dialogue s’installe à distance.

 

À l’ouest de ta station.

 

À l’ouest ? C’est où, l’ouest ? 

Peut-être aurais-je dû lui indiquer que j’ai déjà du mal à reconnaître mon bras droit…

 

À l’ouest ?

 

Tu regardes au nord, c’est à gauche.

 

Le nord ?

 

Si tu cherches le nord, il te suffit de trouver la mousse sur les arbres.

 

Un comique. 

C’est bien ma veine. Je n’ai rien contre l’humour – moi-même, il m’arrive parfois d’être drôle sans faire exprès – mais je ne trouve pas que ce soit très adapté pour un rendez-vous mystérieux. Cela diminue étrangement mon envie d’aller le retrouver et son potentiel érotique en prend un sérieux coup.

J’aperçois enfin l’enseigne du lieu et m’approche, ralentissant mon allure à mesure que cette première rencontre se fait concrète.

Le lieu dégage une atmosphère de volupté et de chic que son nom ne laissait pas présager. Il me fait penser au Hoxton hotel de Londres, dans son côté calme de luxe assumé.

Il donne immédiatement envie de se poser au fond des larges banquettes, de se lover au milieu des coussins et d’attendre qu’un inconnu vienne nous murmurer des histoires coquines au creux de l’oreille.

Je pousse les deux portes vitrées et mon regard se porte au-delà du patio qui se trouve devant moi, un comptoir à ma droite et des escaliers à ma gauche. Je comprends qu’une autre salle, plus grande, se trouve sur ma droite et m’y rends d’un pas décidé.

Et puis je le vois.

Il est là, assis au comptoir. Élégant, en costume, la chemise blanche impeccable et au dernier bouton déboutonné. Il lit un journal devant un verre de vin blanc, une jambe négligemment posée sur l’autre et une paire de lunettes remontée sur des cheveux châtains en désordre. Il s’arrête et jette un œil à son portable, comme si la solution à mon retard s’y trouvait ou qu’une notification venait d’arriver. Il fait homme pressé. Homme d’affaires. Homme tout court. Il me plaît dès le premier regard. Peut-être que cette fois-ci, l’exploration ira au-delà d’une simple visite… car qui dit bar d’hôtel dit hôtel, et donc chambre. Malgré moi, j’imagine de vastes lits king size recouverts de larges draps blancs.

Je me tiens à deux mètres, je ne peux plus reculer. Je choisis de garder mes lunettes de soleil, même si les nuages ont désormais envahi le ciel, comme une ultime protection. Un dernier rempart.

— Bonjour M., dis-je simplement.

 

Il lève les yeux. Il est beaucoup plus charmant que sur la photo qu’il m’a envoyée. Je suis agréablement surprise, en général c’est plutôt l’inverse.

— Clementine, répond-il sobrement en se levant.

 

Je ne sais que dire, le stress me gagnant petit à petit et envahissant l’intégralité de mes capacités cognitives de base. Je suis une bouche sans mot. Alors je ne dis rien.

— Venez, installons-nous confortablement. Vous préférez la banquette ?

 

Il m’a vouvoyée. 

Étrange, pour un homme qui me disait encore hier par messagerie qu’il voulait « visiter mon intimité » et qui me tutoyait par texto il y a de cela quelques minutes. Il est sans doute nerveux, lui aussi.

En passant devant moi, sa main frôle mon dos. Je sens son épiderme qui glisse sur ma veste. Je peux quasiment sentir le vent sur ma colonne vertébrale. Ce presque contact m’électrise et quand je m’assois, je flotte déjà un peu dans la pièce.

Je m’installe sans trop réfléchir sur la première banquette noire qui s’offre à nous et devant laquelle se trouve une petite table recouverte d’une nappe blanche fluide et qui invite aux jeux de mains. Trois autres tables du même format et aussi proches que possible les unes des autres complètent le tableau qui s’offre à moi devant le sofa où je suis désormais positionnée. M. s’assoit face à moi. Il s’installe lentement, au ralenti, puis tire sa chaise d’un coup, comme si le film de notre rencontre venait de passer en accéléré après s’être grippé.

Étrangement, je note la trotteuse d’une grande horloge murale blanche qui avance, elle aussi, de manière saccadée. 

Le temps semble vouloir avancer à son propre rythme chaotique.

— Que voulez-vous boire ?

— Un verre de Chardonay, répliqué-je mal à l’aise devant ce nouveau vouvoiement.

 

  1. se tripote les mains nerveusement et sourit. Il se recoiffe méticuleusement et range ses lunettes dans la poche intérieure de sa veste. J’en profite pour faire de même, me trouvant désormais ridicule en ces lieux, ma paire de lunettes de soleil sur le nez.

Au bout d’une dizaine de secondes caractérisées par un silence incommode, plus rien ne dépasse.

— Vous avez trouvé facilement ?

 

Je le scrute, interloquée. Ne vient-on pas d’échanger des SMS, moi et ce clown triste au regard fuyant ? Ses yeux noisette sont pourtant rieurs mais il n’a apparemment pas envie de me les offrir. Dommage.

— Je m’appelle Mathieu, bytheway.

 

Je préférais M. 

Peut-être devrais-je aussi lui avouer que je déteste les anglicismes inutiles – sans doute à cause de mon boulot où je frôle l’overdose. Décidément, cela ne s’arrange pas. Je décide de lui parler de ce qu’il lisait, faute de mieux.

— Lecture intéressante ? demandé-je en désignant le journal qu’il a replié, afin d’éviter à choisir entre le « tu » et le « vous ».

— Les news… Je les lis tous les jours, dit-il, l’allure fière, tel un chien qui vient de ramener la baballe.

— Et alors, ça dit quoi ? tenté-je, accompagnant mon interrogation d’un sourire las et que j’aurais voulu plus chaleureux.

 

Si j’avais eu idée de la somme de banalités qu’il allait enchaîner après cette anodine question, j’aurais tourné ma langue dans un sens et puis dans l’autre ou alors je lui aurais arraché sa chemise, histoire de changer de sujet. Mathieu se met à parler, parler. Il semble extrêmement stressé et le bloc de granit qui m’a accueillie se délite petit à petit tandis qu’il débite son avis sur tout ce qui lui passe par la tête : les migrants, le brushing de Theresa May, la baisse des APL. C’est d’un ennui profond et surtout très loin des propositions de jeux érotiques qu’il m’avait proposés lors de nos échanges.

C’est un phénomène que j’ai déjà observé maintes fois auparavant. Quand certains hommes parlent, ils se désexualisent à vue d’œil, comme si leur corps s’éloignait à mesure que les paroles étaient expulsées de leur bouche. Une sorte de strip-tease à l’envers. Plus il ouvre la bouche pour tenter de communiquer avec moi, moins j’ai envie qu’il l’utilise à autre chose. Je n’ai jamais su sortir de ce cercle vicieux. J’aurais dû, dès le début, lui ordonner de se taire ou ne lui accorder qu’une dizaine de mots.

« On va chez toi ? ». Quatre mots et un point d’interrogation, c’est bien suffisant. Et je n’aurais eu à en dire qu’un : « oui ». Sans ponctuation mais avec de l’envie plein les yeux.

Je me serais astreint à la même règle et j’aurais pu lui glisser « On prend une chambre ? ». Il n’aurait eu qu’à me répondre « oui », lui aussi.

Tandis que mon esprit vagabonde au rythme des sentences fastidieuses de Mathieu, me concentrant sur la musicalité plus que le sens, des gens arrivent en groupe. Le lieu devient bruyant ce qui fait une barrière sonore bien pratique et je me mets à remuer la tête négligemment pour encourager Mathieu à ne pas s’arrêter. Sinon, il me faudrait trouver, moi aussi, un sujet de conversation et j’ai surtout envie d’être ailleurs désormais. Dans un bon bain chaud à jouer avec la mousse parfumée, par exemple, alors que mes doigts… je me force à arrêter là mes pensées qui trahissent mon manque actuel de sexe.

J’entreprends d’observer de nouveau les lieux, afin de me reconnecter à la réalité présente. Il n’y a quasiment pas de place assise hormis juste à côté de nous lorsqu’un couple se présente. Un homme grand, brun et assez costaud accompagné d’une jeune femme fluette. Le grand brun me regarde intensément. Ils sont étrangement peu vêtus pour ce mois de septembre où les températures commencent à se rafraîchir franchement.

— On peut s’installer ? demande-t-il, tandis que je le dévisage en me demandant si je ne l’ai pas déjà croisé quelque part.

 

Mais non. Il ne me dit rien. Je note qu’il dégage quelque chose de puissant et de magnétique auquel je ne suis pas insensible. Ne voudrait-il pas prendre la place de mon « date » ?

Je lui fais un signe de la tête, tandis que Mathieu semble ne pas avoir remarqué la présence du couple derrière lui. Alors que je ramasse mes affaires posées sur la banquette, l’homme déplace la table en se faufilant jusqu’à moi, saluant brièvement Mathieu au passage, tandis que la femme fluette s’installe face à lui, Mathieu, qui ne s’est pas interrompu une seule seconde pendant cette entrée en matière un brin étonnante, à sa gauche.

L’odeur de l’homme est la première chose que je remarque : une fragrance douce et poivrée à la fois, rassurante et fraîche.

La deuxième chose que j’observe est que sa cuisse touche rapidement la mienne.

Je suis pétrifiée et n’ose pas me tourner vers lui, ni même bouger. Je pourrais me déplacer latéralement et me rapprocher du bord de la banquette afin de laisser un peu d’espace entre cet homme et moi, mais la suavité qui m’envahit m’immobilise par la même occasion.

Je décide finalement de placer ma main droite entre nous deux tout en bougeant latéralement de quelques millimètres non sans lui sourire au passage. Mais déjà, je sais que je ne veux plus être ailleurs. Je ne suis qu’un corps, les cinq sens en éveil. Il se met à parler à la femme assise en face de lui et sa voix recouvre tout. Elle est sensuelle et forte. Sûre d’elle. En trois mots, il fait une phrase et a tout dit.

Je n’entends rien de ce que Mathieu me raconte, désormais je ne suis plus qu’une cuisse et l’intégralité de mes sensations se concentre sur cette partie de mon anatomie. Une chaleur commence à monter le long de ma jambe et je me mets à frémir légèrement. Étrangement, perdue au milieu de ces sensations, l’idée que l’aventure c’est là et maintenant avec cet inconnu traverse mon esprit en voie de déconnexion.

Subitement, l’inconnu pose sa main vers la mienne, à seulement quelques millimètres. De ma main gauche, j’attrape le pied de mon verre de vin blanc et l’avale d’une seule traite, laissant le liquide pénétrer jusqu’à mon estomac. Je ferme les yeux une seconde, non sans faire un signe à Mathieu afin qu’il ne doute pas de mon attention, me concentrant de nouveau sur mon autre main. Elles ne font plus qu’une, c’est comme si je la sentais déjà sur moi. Je dévisage Mathieu rapidement, incapable de détecter sur son visage un quelconque signe qui pourrait m’indiquer ou me rassurer sur le fait que je lui plais ou que je l’intéresse un minimum. Je suis face à un homme parfaitement impénétrable, très différent de son attitude passée, de celui que j’imaginais derrière nos échanges. Il n’a pas l’air d’avoir détecté mon trouble et la plupart du temps il regarde ailleurs en continuant d’alimenter sa diarrhée verbale. 

 

— … non mais vous comprenez ? C’est quand même assez hallucinant de se dire qu’en cet instant même, cet idiot pense sans doute la même chose que moi, que malgré tous les signaux que je ne cesse de lui envoyer, il ne capte pas l’intégralité, ou plutôt l’essence même de mon message.

— 

— J’ai parfois l’impression que la connexion que l’on arrive à établir avec l’autre est parfaitement évasive… ou plutôt, comment dire ?

— Superficielle ? glissé-je peu convaincue.

— Voilà ! Superficielle et non conclusive.  C’est comme si…

 

Je continue de faire semblant de l’écouter tout en m’interrogeant sur nos positions dans l’espace. Quand bien même il me regarderait et bien que je n’aie jamais fait d’optique, il me semble heureusement impossible dans la configuration actuelle de voir ce qui se trame sous la table. 

La main de mon voisin n’a pas bougé. Je commande un nouveau verre de Chardonay tout en déplaçant la mienne à ses côtés, la phalange de mon petit doigt près du sien. Tout à coup, sans que je m’aperçoive avoir bougé, mon auriculaire touche le sien. La sensation est électrisante et tout mon corps indique qu’il en est de même pour lui.

J’écarte les cuisses, ce qui remonte d’un mouvement fluide l’étoffe de ma jupe à franges si légère. De quelques millimètres seulement, mais suffisamment pour lui faire comprendre que mon épiderme s’offre à lui, rien qu’à lui, cet inconnu. La chaleur a désormais envahi l’intégralité de mon corps et je sens le moindre centimètre carré de ma peau. Je n’ai qu’une envie : qu’il fasse un geste vers moi.

Je ne vis plus que pour cet instant.

Et puis l’univers bascule. L’axe de rotation de la Terre bouge.

C’est d’abord son petit doigt qui s’avance sur sa main que je ne bouge surtout pas. Je le sens sur mes phalanges puis, lui laissant continuer sa route, sur la peau désormais nue de ma cuisse. Je ne me dégage pas et réprime un tremblement. Tout d’abord il ne bouge pas, puis commence à effleurer ma peau de gauche à droite, doucement.  

Je perds totalement pied. Qui est-il ? Que suis en train de l’inviter à faire ? Plus rien n’a d’importance.

Sous l’emprise de mes sens, j’écarte légèrement les jambes. Il positionne alors sa main entière sur ma cuisse droite et cesse tout mouvement. Sa main est chaude, sa peau est douce et je ressens une immense fragilité à avoir cette paume puissante sur ma jambe, ma jambe qui le paraît tout à coup si vulnérable. 

Il ne se passe rien de nouveau pendant plusieurs minutes, je n’ose plus bouger, attentive au moindre mouvement de cet homme assis à ma droite et de l’extrémité de son membre positionnée sur ma jambe dénudée.

Afin qu’il comprenne bien que je suis en total accord avec lui – et puis, finalement, qui a commencé quoi ? –, je pose ma main sur la sienne et l’enjoins à me caresser avant de la retirer pour la replacer sur la table, sagement.

Doucement, de l’extérieur de la cuisse vers l’intérieur, il m’effleure du dessus de la main. Je ressens le plus infime de ses poils qui berce ma cuisse docile. Centimètre par centimètre, il remonte le long de ma jambe. J’ouvre la bouche, mon pouls et ma respiration s’accélèrent. Je baisse la tête sensiblement. 

Sa main est désormais sous ma jupe. À ce moment, je décide de reposer la mienne sur la sienne. L’idée n’est pas de l’arrêter mais de l’encourager… 

L’homme s’arrête devant cette petite barrière de dentelles en acrylique qui l’empêche d’atteindre mon sexe. Sentant qu’il ne franchira pas seul cette étape, ma main glisse du dos de la sienne jusqu’à mon sexe dont j’en écarte la culotte qui le cache pour lui en offrir l’humidité de mon excitation. 

Rien n’existe en dehors de la main de cet inconnu et mon corps. J’ai même oublié que j’avais rendez-vous avec un autre homme et que j’étais assise, ici, dans un lieu public. Mon corps est en suspension, mon esprit a déserté.

Il se faufile tout d’abord discrètement dans ma petite toison blonde. Je me redresse légèrement et me positionne plus nettement sous la large table en bois, cachée par la nappe blanche immaculée. Je sens une source de vie bouillonner en moi, il faut désormais que ses doigts s’occupent de mon état liquide.

C’est d’abord son index qui s’immisce en moi. Je me contracte légèrement… comment lui faire comprendre que je souhaite qu’il me touche le clitoris, qu’il joue avec ? Il ressort et se met alors à appuyer dessus et je laisse échapper un cri étouffé. Comprenant qu’il avait vu juste, il se met alors à le titiller de son index, tout en fouillant des autres doigts, attentif aux micromouvements équivoques qui pourtant doivent se perdre dans les tremblements de tout ce qui se situe sous mon nombril. Il finit par écarter de son majeur et de son pouce mes lèvres trempées pour faire pénétrer de nouveau son index à l’intérieur de mon sexe offert tout doucement. Je sens alors l’orgasme monter, inarrêtable. Il fait aller et venir son index en moi tout en continuant à jouer avec mon clitoris du bout de son pouce et au bout de quelques secondes, je jouis si fort – d’une jouissance extraordinaire qui laisse le corps tout mou – que j’en renverse mon verre sur la table en essayant de contenir les spasmes qui se déversent en vagues dans tout mon être.

J’expulse un gémissement essoufflé et ramasse mon verre dont le contenu s’est répandu sur la table.

— Tout va bien ? Clementine, vous allez bien ? demande Mathieu.

 

Je reprends conscience, tournant la tête vers mon voisin, toujours en discussion avec son amie. Il a les deux coudes bien posés sur la table et n’a probablement pas bougé depuis qu’il s’est posé.

Je ne sais pas combien de temps je me suis enfermée dans mon fantasme, mais Mathieu ne s’est rendu compte de rien. Tout juste semble-t-il mécontent de l’interruption. 

Tocard.

 

 

Team Prescription

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