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Véronique de la Cochetière = sage+femme+divine

A 56 ans, Véronique de la Cochetière a déjà eu plus de 1000 vies : celles des enfants qu’elle a accompagnés au monde en tant que sage-femme ; celles des rencontres en missions humanitaires, mais enfin et surtout celles de son mari et de ses 4 filles qui sont le centre de son univers perpétuellement enrichi.

On a rencontré Véronique pour parler de son expérience de femme et auprès des femmes qu’elle a partagée dans son livre : « Réveillez-vous, Femmes Divines ». Assises sur notre fauteuil impérial, nous avons dialogué en toute féminitude. Késako ? Lisez plutôt…

Tu es sage-femme, mais aussi passeuse de vie, ostéopathe intra-pelvienne, et thérapeute en ayurvéda. Qu’est-ce qui t’a amenée à développer ces multiples compétences ?

Deux femmes : d’abord ma maman, qui est morte il y a 14 ans ; elle ne connaissait pas sa propre naissance, ce qui peut expliquer mon choix d’être sage-femme. Au bout de 7 ans de deuil, un matin, je me suis réveillée différente, libérée. J’avais beaucoup pleuré, et là j’ai commencé à respirer. L’ostéopathie et l’ayurvéda m’ont ensuite aidée à avancer.

Et puis une toute petite fille, Solène, qui est morte dans mes bras après sa première respiration il y a 12 ans. J’étais alors sage-femme dans une clinique catholique parisienne, et bien qu’une hémorragie de Benckiser ait été diagnostiquée comme cause du décès, j’ai été mise à la porte. J’ai eu la chance de rester en contact avec la mère de Solène : nous avons décidé toutes les deux de vivre dans l’amour, d’avancer différemment. Sans Solène je ne sais pas ce que je serais devenue, car à l’époque je travaillais trop. Après elle, ma vie a changé, même si cette nouvelle phase a commencé par une profonde dépression. Deux amis m’ont alors conseillé de faire évoluer ma pratique de sage-femme. L’un m’a orientée vers Christine Michel-Schweitzer et l’ostéopathie intra-pelvienne ; l’autre vers le centre ayurvédique de Tapovan. J’ai suivi ces deux formations en simultané pendant 3 ans. Chacune à leur façon, elles m’ont appris à vivre avec bonté, lenteur, et bienveillance. Leurs enseignements nourrissent ma pratique encore aujourd’hui.

Pour être divine, une femme doit travailler sur sa propre histoire, aller à la rencontre de ses monstres.

Ton livre « Réveillez-vous, femmes divines » appelle les femmes à vivre la dimension sacrée de leur féminin. Comment peuvent-elles y parvenir ?

C’est tout le sujet du livre et de mes ateliers « Ma Yoni Mon Amour ». Pour être divine, une femme doit travailler sur sa propre histoire, aller à la rencontre de ses monstres. Je ne demande pas aux femmes que j’accompagne d’affronter leurs monstres mais de devenir en quelque sorte leur amie. Elles se découvrent un pouvoir de résilience tel qu’elles pourront dire à leur violeur, à leur mère qui les battait, à leur père incestueux : « Maintenant je n’ai plus peur de toi. Qu’est-ce qui a pu t’arriver pour que tu fasses ça ? A présent je sais qu’avec l’histoire que j’ai vécue je suis plus forte aujourd’hui. Ainsi je ne rencontrerai plus de prédateur comme toi. Car je n’ai plus peur de toi. Mon courage et ma résilience me donnent une fierté en moi magnifique. » Les prédateurs sont des lâches, ils ont peur des femmes fières.

Ainsi, elles pourront avancer. Chaque jour est une voie vers la paix et la liberté si tout se vit comme un cadeau pour s’ériger fière de sa résilience.  J’ai mis 50 ans pour m’aimer grâce à ce travail sur moi et mon histoire

Réveillez-vous Femmes Divines, Véronique de la Cochetière, Tana Editions (18,90€)

Tu parles également de « faire la paix avec ses créateurs » ?

C’est le second travail : remettre sa famille en place. Nous choisissons notre mère, donc il s’agit de comprendre pourquoi on la déteste si c’est le cas. Notre père nous a donné son nom, et son sperme, sans lui nous ne serions pas là non plus, donc il s’agit donc de faire la paix avec lui aussi !  

Les femmes que j’accompagne partent à la découverte de leur corps, et plus particulièrement des 12 muscles de leur périnée et de leur « yoni », le nom que je donne à leur appareil génital. C’est là que les femmes s’aperçoivent qu’elles ne se connaissent pas !

Après avoir travaillé sur leur histoire et leur famille, les femmes que j’accompagne partent à la découverte de leur corps, et plus particulièrement des 12 muscles de leur périnée et de leur « yoni », le nom que je donne à leur appareil génital. C’est là que les femmes s’aperçoivent qu’elles ne se connaissent pas ! Je leur demande d’abord de dessiner leur vulve, le résultat est souvent très différent de la réalité ! Ensuite je leur apprends un toucher spécifique pour découvrir leur yoni en conscience et présence. Un toucher lent, bienveillant, tendre. Le plus souvent, elles sont transportées, en pleurs, et comme elles le disent très bien : « Personne ne m’a jamais touchée comme ça. ».

C’est en leur enseignant ce toucher spécifique qu’elles pourront prendre conscience de leur féminitude. Elles n’autoriseront ensuite que le partenaire homme ou femme qu’elles auront choisi de guider vers leur plénitude, puisque comme une fleur elles ne s’ouvriront que lorsqu’elles le souhaiteront. Elles deviennent ainsi le miroir du monde, une puissance empreinte de bienveillance.

Tu évoques dans ton livre des cas qu’on entend peu chez une sage-femme : la fausse couche et l’avortement. Le rôle d’une sage-femme n’est donc pas uniquement lié à la naissance, comme on le croit souvent ?

La première définition d’une sage-femme, c’est « passeuse de vie ». Et la vie commence lorsque 2 cellules se multiplient. Quand la femme vit un avortement ou une fausse couche, la société a tendance à minimiser ; pourtant, les tissus gardent en mémoire l’événement et l’enfant qui y était lié. Dans les deux cas, je dis aux femmes de ne pas se sentir coupables. L’enfant sait que vous l’aimez et il vous aime, car il vous a choisie pour être sa mère.

Le rôle d’une passeuse de vie est d’accompagner les femmes dans les décisions qui touchent à leur féminité, et cela concerne une grossesse comme une IVG.

Tu parles beaucoup par métaphores : le périnée est le « fauteuil impérial » par exemple. Pourquoi l’usage de ces images et peux-tu nous en donner quelques-unes qui te paraissent essentielles ?

Je vais en donner deux, très parlantes.  A l’entrée de la vulve, on trouve les deux petites lèvres et les deux grandes lèvres. Je les appelle les 4 soldats. Quand notre désir monte, les soldats baissent la garde, et la femme s’ouvre à l’amour. Quand il n’y a pas ou peu de désir, les soldats restent rigides. Pourquoi s’ouvrir à l’Amour quand le corps n’est pas pris en conscience comme un temple sacré ? Il se ferme car il a peur de faire confiance et d’être trompé ou abusé encore une fois. Il faut donc écouter ses soldats, car un rapport sexuel avec des soldats rigides peut être très douloureux et conduire à d’autres maux comme le vaginisme, voire certaines formes d’aménorrhée ou de stérilité.

Quelle est la deuxième image ? 

Celle du portail de l’amour. C’est le 12e et dernier muscle du périnée, là où arrive le lingam (pénis) d’un homme durant un rapport sexuel à l’issue de la pénétration. Si on apprend à connaître ce portail de l’amour, et qu’on est capable de le serrer à l’extrême en aspirant le lingam vers l’arrière, le rapport est plus long et plus intense pour les deux partenaires. Et quand la femme décide que le rapport est terminé, c’est le portail de l’amour qui le signifie en éjectant le lingam par contraction du même muscle, un pouvoir immense et souvent ignoré des femmes.

Ces deux images montrent que la femme divine doit d’abord être animale. Ce travail sur ses muscles permet de dire « oui » ou « non » en conscience, de s’ouvrir à l’Autre uniquement si elle le souhaite.

Malgré son titre « Réveillez-vous femmes divines » les hommes ont une place importante dans ton livre, pourquoi ?

Ma conviction : nous ne sommes pas les égales des hommes, nous sommes simplement différents. Dans mon livre, je parle d’adelphité, qui est la fraternité au-delà des sexes. On ne peut devenir pleinement soi-même qu’en communiquant ouvertement avec l’Autre, tout en étant solidaires entre femmes par notre capacité présente à surmonter nos blessures et non par la peur des monstres du passé.

J’ai un profond amour pour mon mari, Xavier, mon phare depuis plus de 30 ans. C’est également un homme qui a rédigé la préface de mon livre, le maître zen Daniel Odier auquel je dois beaucoup. Ce sont aussi deux amis qui m’ont orientée vers une pratique différente de sage-femme lorsque j’étais au plus mal il y a 12 ans. Le genre masculin demeure un monde inconnu que j’aime explorer.

Chaque muscle du périnée contient des tissus qui sont imprégnés de notre histoire. Les travailler permet de remettre en place cette mémoire tissulaire et ce qui l’a marquée, chaque rapport sexuel tout comme notre relation avec ceux qui nous ont créées.

Dans tes ateliers « Ma Yoni Mon Amour » tu guides les femmes vers la connaissance d’elles-mêmes, anatomique mais aussi « historique ». Tu partages avec notre autre invitée Maud Renard la conviction que mieux connaître sa lignée peut aider à résoudre des maux physiques, peux-tu nous en dire plus ?

Chaque muscle du périnée contient des tissus qui sont imprégnés de notre histoire. Les travailler permet de remettre en place cette mémoire tissulaire et ce qui l’a marquée, chaque rapport sexuel tout comme notre relation avec ceux qui nous ont créées. Le travail effectué dans les ateliers « Ma Yoni Mon Amour » permet ainsi de ranger sa bibliothèque de vie.

Est-il possible selon toi de « vivre en conscience » sans avoir une affiliation spirituelle particulière ?

Bien sûr ! Je ne prône ni le pardon, ni une religion, mais l’amour, la paix, la liberté pour soi-même qui rend ainsi l’autre libre de ses actes et de ses pensées

Ne faites pas du yoga, soyez yoga : dans l’extrême lenteur, la simplicité et la bienveillance.

Il faut simplement vivre comme votre âme. Ne faites pas du yoga, soyez yoga : dans l’extrême lenteur, la simplicité et la bienveillance.

  • L’extrême lenteur : soyez moins mentale, et donc moins stressée, écoutez votre corps, il a tant de choses à vous dire, surtout quand vous rencontrez quelqu’un…
  • La simplicité : ne cherchez pas à avoir plus, réveillez-vous avec des « Merci », c’est un produit de beauté qui coûte 0 centime. Chaque matin, je constate avec bonheur que mes filles et mon mari sont encore là, et je les aime chaque jour un peu plus. Je remercie et ensuite je me dis : « Quelle nouvelle bêtise va-t-on pouvoir faire aujourd’hui ? »
  • La bienveillance : soyez égoïste, pensez d’abord à vous sinon vous ne pourrez jamais bien vous occuper des autres !

J’ai enseigné à mes filles d’être fortes et dignes. J’ai cassé les croyances de la femme gentille et serviable pour les rendre plus libres, tout en prônant le respect comme valeur primordiale.

Comment éduques-tu tes 4 filles à être des femmes aujourd’hui ?

J’ai enseigné à mes filles d’être fortes et dignes. J’ai cassé les croyances de la femme gentille et serviable pour les rendre plus libres, tout en prônant le respect comme valeur primordiale. Elles sont battantes sans être violentes. Elles sont toutes plus grandes, plus bienveillantes que moi. Avec Xavier, on se dit qu’elles sont devenues comme ça par elles-mêmes, nous en tant que parents, on a juste fait ce qu’on a pu… Mais on est quand même très heureux de les voir grandir comme on l’avait voulu.

Vous pouvez suivre Véronique de la Cochetière sur Instagram : @veroniquedelacochetiere.

Tu es repartie sur le terrain durant le confinement ; quels sont tes projets à venir ?

Durant le confinement j’ai travaillé aux côtés de mon mari, qui est gériatre, en remplacement d’une infirmière. Au contact des malades d’Alzheimer, des personnes magnifiques, j’ai découvert une autre forme de résilience qui fait écho à mon travail de sage-femme. Je souhaite donc continuer mes ateliers « Ma Yoni Mon Amour » et ce travail d’accompagnement dans mon Bliss Studio, à Paris et partout où l’on aura besoin de moi !

Son livre : Réveillez-vous Femmes Divines, Véronique de la Cochetière, Tana Editions

Pour en savoir plus sur le travail de Véronique, c’est par ici !

Crédit Photo : Solenne Jakovsky pour Le Prescripteur

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Brigitte
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Brigitte

J ai lu ce livre et j ai beaucoup pleuré. Je ferais un stage quand je serais en métropole merci pour ce livre qui peut aider les femmes à se découvrir